Baudelaire

Roman brutal et amer, à l’humour sauvage et macabre. Polleri raconte la vie d’un auteur fou qui raconte la vie d’un autre écrivain : Baudelaire.

 

Ce roman concentre toutes les obsessions de l’auteur : l’enfance sans défense et humiliée, la violence, la folie, la mort, la difficile survie dans un monde où règne l’horreur.

Baudelaire
14.00

Traduit de l’espagnol (Uruguay) par Christophe Lucquin
Sortie le 15 mai 2014 | 13 × 19 cm | 128 pages
14,00 € | ISBN 978-2-36626-015-1


A propos de l'auteur


 

Ils en parlent

Yves Mabon, « Les 8 Plumes », L’Express, 4 juin 2014
« Un auteur totalement barré raconte son dernier livre consacré à la vie de Baudelaire, voit des corrélations entre leurs deux vies, des points communs qui le troublent, lui qui n’a pas forcément besoin d’être troublé. Une sorte de double biographie, celle du poète et celle du narrateur-écrivain qui se croisent et se mêlent. »

 

Extrait

« J’ai rêvé que j’avais écrit un roman détestable et détesté : la loi m’avait condamné à mort. Je voyais déjà la guillotine, cette haute porte noire, au milieu de la place. J’avais peur, évidemment ; mais j’aimais chaque mot de ce roman monstrueux intitulé : Baudelaire. Je le mettais dans une poche de ma veste, il pesait doucement sur mon épaule gauche. Dans ma poche droite, j’avais un couteau très léger à lame fine et flexible, comme la tige d’une fleur. Je marchais de nuit, un vampire de Baudelaire, me cachant dans les ombres pointues de cette ville qui me détestait.
J’allais en envoyer quelques-uns à la tombe, avant de tomber dans un de leurs pièges. (X m’avait dit qu’ils étaient en train de construire un piège pour moi, dans lequel j’étais le seul à pouvoir tomber. Les autres, X inclus, passaient entre les grilles sans les voir. Je me suis dit que le piège pouvait être : (1) une chambre, (2) une rue, (3) un quartier (dans lequel j’avais sûrement séjourné avant d’écrire le roman) ou (4) n’importe quelle autre chose. »

« Je lui ai dit qu’ils le cherchaient également, car il avait lu Baudelaire. Qu’ils avaient déjà construit un piège juste pour lui, dans lequel lui seul pouvait tomber. Je lui ai dit que le piège était : (1) une chambre, (2) une rue, (3) un quartier (dans lequel X avait sûrement séjourné et été heureux) ou (4) n’importe quelle autre chose. À moins qu’il ne me trahisse… À moins que le piège soit un ami : X, par exemple. Il m’a dit qu’on l’avait forcé, qu’il avait une famille. (Que rien ne m’importait : faire honte à ma famille en écrivant des immondices, par exemple). Qu’il ne voulait pas apparaître, dans les journaux, à la télé, comme un dégénéré, comme un lecteur de Baudelaire.
Il m’a dit qu’il n’était pas mon ami, que je l’avais trompé, que si j’avais montré mon vrai visage (un avortement) jamais il m’aurait permis d’approcher sa famille. Nous n’avions jamais été amis, m’a-t-il dit, je ne t’ai jamais connu : « vampire aux ailes d’albatros », etc. Je lui ai dit qu’il était mon meilleur ami, qu’il me connaissait depuis l’enfance, qu’il avait lu Baudelaire au fur et à mesure que je l’avais écrit et qu’il m’avait félicité (sans Envie ?) pour quelques-uns des meilleurs chapitres. Il m’a dit que j’avais été aveugle ; que mes yeux étaient en train de se fermer… Je me suis souvenu de la tasse de thé que X m’avait servi en arrivant. X s’était transformé en une tâche d’encre noire. »