Benjamin Berton

Benjamin Berton est né en 1974 à Valenciennes. Son premier roman Sauvageons (Gallimard, 2000), a reçu un accueil critique enthousiaste et été récompensé par le Prix Goncourt du Premier Roman et celui de la Vocation.

Il a écrit depuis six autres romans publiés principalement chez Gallimard et dont
plusieurs ont été traduits à l’étranger. Ses trois derniers ouvrages Alain Delon est Une Star Au Japon  (Hachette, 2009), La Chambre à remonter le temps (Gallimard, 2011) et Le Nuage Radioactif (Ring, 2014)
ont en commun de parler du temps qui passe et de décrire les évolutions que connaît le pays à travers leurs impacts sur des personnages déboussolés, souvent issus de la classe moyenne.

Diplômé d’histoire et de sciences politiques, il affectionne l’anticipation sociale et incorpore des éléments réalistes, historiques et politiques à des histoires aux accents fantastiques, sur le modèle de ses modèles anglo-saxons que sont Will Self, JG Ballard, ou John Updike.

Vivant au Mans depuis plus de dix ans et travaillant à la Sécurité sociale à Paris, il est aussi chroniqueur culturel pour diverses publications web et organisateur occasionnel de concerts de rock. Il travaille depuis de nombreuses années dans l’Est parisien et connaît parfaitement la géographie des événements du 7 janvier 2015.
 

Entretien

Comment as-tu connu la maison ?
À travers ses livres principalement. Je ne m’intéresse pas tellement aux éditeurs d’une manière générale. Le premier livre Christophe Lucquin que j’ai dû lire était Comment j’ai couché avec Roger Federer et puis il y en a eu quelques autres, et notamment Grotte qui a fait partie de mes coups de cœur de l’année dernière.

C’est quoi l’amour pour toi ?
Une émotion qui naît et meurt avec l’adolescence, et dont on éprouve ensuite la nostalgie tout au long de sa vie. Je pense que les salamalecs qu’on met en œuvre à l’âge adulte pour aimer sont juste des images dégradées de ce qu’on éprouvait plus jeune.  

Que penses-tu de la mort ?
Je suis contre. Je fais partie de ces gens qui pensent à leur propre mort cent fois par jour, mais qui n’en ont pas peur. Comme souvent, je suis juste curieux et presque impatient de savoir comment je vais mourir, tout en espérant très fort que cette impatience sera satisfaite le plus tard possible.

Qu’aimes-tu faire dans la vie ?
Lire et écouter de la musique. Ça se passe de commentaires. C’est vraiment mon truc. Je peux me passer d’à peu près tout le reste.   

Si tu pouvais repartir à zéro, que ferais-tu, que changerais-tu ?
Rien du tout. C’est évidemment comme la poule et l’œuf ou ces problématiques de voyage dans le temps : si je changeais, je ne saurais pas que j’ai changé, car je ne serai plus le même! Je suis amateur de SF : on ne se fait pas avoir par ce genre de questions.

Tu crois en l’Homme ?
Oui, en sa monstruosité, sa générosité, sa bizarrerie, sa bêtise. L’Homme est l’objet le plus fascinant et le plus surprenant de la création.

Qu’est-ce qui te fait le plus peur ?
Probablement la violence. La civilisation et disons notre niveau de développement nous ont coupé de pas mal de ses manifestations. On se fait rarement agresser. On ne se tape plus dessus ou alors assez peu. La violence est pour beaucoup de gens comme moi un continent obscur, quelque chose d’à la fois fascinant et terrifiant. Cela ne veut pas dire que je suis peureux ou lâche. Ce n’est pas si simple. Vous n’avez pas entendu un bruit ?

Qu’est-ce qui te motive ?
Un rien suffit à me motiver. Je suis intéressé par un tas de choses, vaguement hyperactif et je prends tout très au sérieux (et à la légère en même temps). Du coup, je suis capable de faire plein de choses qui n’intéressent que moi et de déployer des trésors d’énergie sans que cela me demande aucun effort.

Comment en es-tu arrivé à écrire  J’étais la terreur ?
Je suppose que ce qui s’est passé en janvier m’a impressionné. Pas forcément bouleversé, mais impressionné par sa dramaturgie et sa radicalité. Le livre a été écrit en quelques semaines entre mi-janvier et février, assez vite donc par rapport à d’habitude. C’est un livre d’instinct, comme on raconterait une histoire d’horreur, sans filet… avant de se rendormir profondément puis de reprendre le cours de sa vie. D’une certaine façon, j’étais sous l’effet Je suis Charlie. Je ne serais plus capable d’écrire ce livre aujourd’hui.

Quelque chose que tu dirais au lecteur ?
Débrouille-toi avec ça. Et ouvre tes trois petits yeux.   

L’écrivain a-t-il le droit d’écrire ce qu’il veut ?
Oui. L’écrivain et le lecteur sont rigoureusement égaux. Écrire ce qu’on veut et lire ce qu’on veut, même si c’est indigne, choquant ou indigent. La réalité et tout ce qui la compose doivent relever entièrement (jusqu’à la couleur de votre culotte) du domaine public et fictif.  

L’écriture est-elle une thérapie ?
Non, elle ne fait qu’aggraver les choses. Écrire donne parfois l’impression qu’on pourrait arriver quelque part ou dépasser son quotidien. Mais ce n’est jamais que l’expression de notre misère sous une autre forme.

Plutôt radical ou modéré ?
Modéré sans hésiter. J’adore tout ce qui est morne, tranquille et constant.

Quelle citation te plaît le plus ?
« Ere long done do does did ». C’est une phrase tirée d’une chanson du groupe The Smiths qui ne veut pas dire grand-chose. Je déteste les citations en général. C’est le sommet de l’académisme et je me suis toujours refusé à en retenir. On peut révérer certains auteurs sans devoir le prouver en les citant de mémoire. Je suis pour l’invention et la réinterprétation libre des propos d’autrui.  

Sentir avant d’interpréter ?
L’idée est séduisante, mais je crains que cela ne soit plus possible pour moi. À force de lire et de se raconter des histoires, toute émotion est immédiatement filtrée par la raison.