Jean-Baptiste Aubert au festival du Premier roman de Chambéry du 24 au 27 mai

On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a, je dirai même on fait tout ce que l’on peut avec le peu qu’on a. Cela nous pousse à faire des trucs un peu insensés dont on ne mesure pas du tout le degré de folie, par exemple, faire des livres, cela peut paraître simple comme ça, mais on vous l’assure, ce n’est pas si facile que ça en a l’air, parce que faire un livre, ce n’est pas choisir un texte parmi les centaines que l’on reçoit et se dire allez celui-là on le fait imprimer et on le publie. Faire un livre c’est être persuadé qu’un texte qu’on a eu la chance de lire parmi les innombrables reçus est une évidence, parce qu’il apporte quelque chose au monde, une humanité, tous ces trucs qu’on ne peut pas forcément définir parce qu’ils touchent à l’universel, c’est comme être sous un ciel rempli d’étoiles, tellement lumineuses et tellement nombreuses qu'on a la tête qui tourne, et se sentir petit face à cette beauté et l’immensité. Trouver un texte, c’est recevoir une étoile qui a filé du ciel pour tomber jusque dans nos bras.

En 2016 nous avons reçu un texte intitulé 11 ans, il y est question d’un garçon de 11 ans, qui peine à comprendre notre monde qu’il trouve bien absurde. Kevin, c’est son prénom, est une étoile, à ne pas laisser filer, comme ces 100 à 150 enfants qui décident de mettre fin à leurs jours chaque année en France. 

Jean-Baptiste Aubert, l’auteur, signe un premier roman fort, authentique, utile. Et comme tout sujet qui fait peur, en parler ça fait du bien, ça fait du bien à la société. 

11 ans a été retenu par le festival du Premier roman de Chambéry. Ce petit texte lumineux a fait son chemin, malgré les difficultés, nous l’avons publié et on en est très fiers, c’est là que l’on prend conscience de notre rôle de passeur, c’est là que, même au milieu de la tempête, des angoisses, on se regarde et on se dit que l’on doit continuer, on doit s'accrocher, trouver des solutions, on doit faire passer ces messages qui nous sont envoyés. Il n’y a pas de hasard, il y a des rencontres, les choses ont un sens.

Voici toute la programmation de la 31e édition du festival qui se tiendra du 24 au 27 mai, vous y découvrirez tous les auteurs lauréats.

Et, bien sûr, on vous invite à découvrir le livre d’ici là.

Quelques liens pour vous ternir informés :

http://www.christophelucquinediteur.fr/onze-ans/
http://www.festivalpremierroman.com/ED30/
https://www.facebook.com/festivalpremierroman
 

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Julien Thèves nous parle du roman de Neige Sinno qui a paru aujourd'hui

L’action commence comme ça : il y a des prénoms, et un camion, des relations entre les êtres.

Ils sont jeunes, c’est Marseille, c’est la Méditerranée, et c’est le camion perché au-dessus de l’eau.

Le camion ne bouge pas, vient qui veut, c’est comme dans la chanson : c’est une maison bleue / ceux qui vivent là / ont jeté la clé.

Je ne sais plus de quelle couleur est le camion.

Le camion, c’est le lieu de tous les possibles : les voyages, l’amitié, l’amour.

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Marc Dugain parle de L'HOMME DE MIEL dans le supplément week-end du journal Les Échos

Marc Dugain a visiblement été ému par L'HOMME DE MIEL, il en parle dans son billet du supplément week-end du journal Les Échos. Des mots justes, merci.

« [...] si vous n'aimez pas les séries et que vous êtes fatigués de l'actualité je vous recommande un très beau livre, écrit par un homme qui nous entraîne dans une autre humanité, la sienne. Olivier Martinelli dans L'Homme de miel (chez Christophe Lucquin Éditeur) raconte très pudiquement l'histoire d'un héros qu'il ne prétend pas être devant la découverte d'un ennemi invisible, le cancer qui lui a déjà rongé une vertèbre. Atteint jeune de ce qu'il nomme lui-même un « miel-homme », Olivier Martinelli raconte sa lutte pour sa survie, entouré de ses jeunes enfants, de sa femme et de vrais amis. Ce texte ramène à l'essentiel, cet essentiel dont on dérive progressivement jusqu'à ce qu'un jour on y soit ramené brutalement. »

Neige Sinno, auteur de LE CAMION, nous parle du livre de Julien Thèves, LE PAYS D'OÙ L'ON NE REVIENT JAMAIS

« Rien n’aura eu lieu que le lieu ». Cette phrase bizarre de Mallarmé tournait dans ma tête quand je lisais Le Pays d'où l'on ne revient jamais. C’est une phrase que je n’ai jamais comprise, mais qui pourrait être expliquée ainsi, par ce texte beau et triste, solitaire, qui n’ouvre des portes sur l’intériorité que pour les refermer aussitôt, comme apeuré par ce qu’il pourrait trouver.

Il y a des paysages dont la présence est si forte que notre existence en eux n’a pas de place. On y passe, aussi vite effacés, et notre passé qui s’y est pourtant déroulé semble imaginaire, même celui de l’enfance, pourtant si intense, si intensément immuable.

L’enfance, écrit Julien Thèves, « n’est pas un territoire illimité, on bute toujours sur le même angle, les mêmes murs, rien ne s’est passé ». C’est ce vertige que j’ai ressenti souvent à la lecture, vertige de notre propre disparition, impensable et cependant approchée de près ici, quand on comprend que de nos enfances il ne reste rien, et que rien n’a eu lieu. En même temps, ce n’est pas un livre sur l’enfance, d’ailleurs il ne contient pas de souvenirs d’enfance comme on en a l’habitude dans les autobiographies ou récits à la première personne (le souvenir d’enfance toujours perçu rétrospectivement, pour expliquer quelque chose du présent). Les enfants sont là, ils passent à travers le lieu, on les voit petits entourés des marques de leur époque, symboles étranges contenus dans des noms de marques, d’émissions de télé, de chanteurs, mais ils sont là sans y être, témoins furtifs d’un monde en suspens.

Le narrateur est mis à distance, il ne peut pas revenir dans ce pays dont il a été banni par le temps ; en réalité, il a toujours été à l’écart. Il n’a jamais eu de lieu propre, il fait partie des « gens pas d’ici », et cette non-appartenance est partie prenante dans la mélancolie du livre.  Elle se doublera plus tard de la distance de ceux qui ont quitté leur lieu, ce qui permet de le voir différemment, en tant que lieu justement, et pas en tant que prolongement de soi.

Il y a quelque chose de Duras dans la litanie de Julien Thèves, une façon de tourner autour des choses dans des phrases très brèves, précises, chargées de sens comme un nuage lourd de pluie. Pourtant la tragédie attendue n’arrive pas. À sa place, un mystère : pourquoi tant de tristesse ? Le texte devient peu à peu une exploration de cette énigme, et le lecteur – peut être un peu dérouté au début par l’ordinaire de l’histoire familiale, des parents divorcés, une mère envahissante – se met tout à coup à lire avec frénésie, à la recherche, comme le narrateur, de ce qui expliquerait le ton du livre. Ainsi, l’évocation du passé, des êtres proches ou jamais assez proches, du lieu lui-même deviennent des invocations, des appels au pouvoir du langage pour éclairer un peu le puits sans fond de la solitude.

Puisque j’ai parlé de Duras, je me permets de mentionner ce qui est pour moi le seul défaut de ce texte, qui est celui d’une grande part de la littérature française contemporaine (je m’inclus là-dedans) : son absence d’humour. Nous nous prenons bien au sérieux, nos soucis, nos amours et nos désamours, nos abîmes, et l’écriture aussi. Nous avons sur nos épaules le poids d’un passé (littéraire, scolaire, symbolique) qui nous plombe les ailes et qu’il est sans doute temps de secouer un peu. Mais ici c’est l’authenticité qui prime, un engagement que prend le narrateur d’arpenter ses propres frontières, une décision qui est pour lui une souffrance, et cela justifie qu’il y ait peu de place pour la dérision. Cette exploration m’a semblé courageuse et, paradoxalement, car aucune conclusion ne s’impose, aboutie. On sent que le cercle s’est refermé, on ne sait trop comment, quand on referme le livre, et que même les profondes blessures finissent par être assainies par le vent du large.

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Neige Sinno est l'auteur de Le Camion, à paraître le 3 mai 2018.

Julien Thèves à la librairie Michèle Ignazi à Paris

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Lecture d'extraits :

Hier soir c’était le lancement en avant première du livre de Julien Thèves, Le Pays d’où l’on ne revient jamais, à la librairie Michèle Ignazi. Un grand merci à Michèle Ignazi pour son accueil, ainsi qu'à Mathieu Hippeau et Fabienne Jacob pour leur participation. 

Un livre qui parle de lui et de nous tous. Un jour une éditrice m’a dit que les bons textes étaient ceux qui partaient de leur auteur pour aller vers les autres, tous les autres, le texte de Julien est de ceux-là, son histoire est aussi bien la sienne que la mienne que la vôtre, elle est universelle. Hier soir, il y avait du monde à la librairie, des hommes, des femmes, qui ont sûrement compris qu’ils se retrouveraient un peu beaucoup dans ces pages délicates, car la langue de Julien est délicate, douce, lancinante, lucide. Ce serait la fin d’un automne ou celle d’un été orageux avec la chape de nuages et le ciel bleu gagnant, aussi bien un hiver doux basque ou de bien d’autres ailleurs qu’un début de printemps, on pourrait avoir les yeux entre l’océan et le ciel, entre la Seine et le ciel en regardant vers l’ouest ce dernier qui s'éteint, il est un peu tout ça le livre de Julien, un peu de toutes les saisons. C’est une contemplation.

Alors, bien sûr, on aimerait partager ce livre avec le plus grand nombre d'entre vous, on vous invite à le découvrir en librairie à partir du 5 avril, date de sa sortie officielle. Et pour ceux qui ne pourraient pas se déplacer, préférez le site de la maison (frais d’envoi gratuit pour la France) à Amazon !

Plus d'informations (avis libraires, extraits, boutique en ligne, etc) ici

 

 

Merci à Olivier Martinaud pour la Photo de Julien Thèves et Mathieu Hippeau.

 5 avril 2018 | 13 × 19 cm | 184 pages 19 € | 978-2-36626-128-8

5 avril 2018 | 13 × 19 cm | 184 pages
19 € | 978-2-36626-128-8

rencontre avec Julien Thèves

Nous serons très heureux de vous retrouver le mardi 20 mars 2018 à la librairie Michèle Ignazi, à l'occasion de la sortie du roman de Julien Thèves, LE PAYS D'OÙ L'ON NE REVIENT JAMAIS.

Au programme : discussion avec Mathieu Hippeau et lecture avec Fabienne Jacob et l'auteur.

En attendant, vous pouvez nous retrouver sur le stand de la région Île-de-France (P68) du 16 au 19 mars 2018

Naturellement

Aujourd'hui, quand la tendance est à adopter les modes, aussi bien graphiques que de contenu, rester naturel est une leçon. La vérité, c'est que nous savons tous que les modes finissent par passer, par être oubliées, par être remplacées.

Je ne sais pas pourquoi j'ai choisi le blanc et le bleu, je ne sais pas d'où vient le cercle. Tout est arrivé naturellement.

Je ne peux pas faire un discours grandiloquent qui présenterait notre identité ; d'abord, parce que cela ne serait pas naturel ; ensuite, parce que je ne considère pas que cela soit une nécessité ; et en fait, parce que pour nous et quelques autres, tout est clair : il suffit de mettre nos livres les uns à côté des autres pour se rendre compte qu'il existe quelque chose de subtil, qu'on ne saurait trop définir, mais qui est là. Nous avons la certitude que, à la différence de tout ce qui passe et est remplacé, le naturel, le sincère, la simplicité restent toujours.

C'est peut-être pour cela que chaque fois qu'un nouveau livre nous arrive et que nous le découvrons nerveusement, nous sommes fiers de constater que cette manière naturelle que nous avons de faire les choses est toujours là, fragile et en même temps inscrite dans une sorte de continuité, au service d'un but impalpable.

Nous venons de recevoir deux nouveaux livres :

Le Pays d'où l'on ne revient jamais, de Julien Thèves, parution le 5 avril

Le Camion, de Neige Sinno, parution le 3 mai

Ils seront au salon du livre de Paris, avec nous. Ce sera toujours un plaisir de vous rencontrer.

on avance, on avance, on avance

Voici une photo qui illustre bien ce qui nous est arrivé avec Le Camion, premier roman de Neige Sinno. Après quelques difficultés, il était clair que Le Camion n’arriverait pas à destination le 18 janvier, comme il était prévu depuis des semaines. Parfois, il suffit d’un rien pour mettre en danger un voyage, regardez ce qui s’est produit récemment avec l’épisode neigeux qui a bouleversé la France et paralysé Paris, Le Camion qui est un peu Paris, un peu la France et beaucoup de nous tous, puisqu’il parle des rêves de jeunesse, est encore pris dans la poudreuse, mais il avance, oui, il avance doucement, et à chaque mètre gagné il est plus léger de quelques kilos de neige, fend le vent, le poudrin ne l’empêchera pas d’avancer, la neige fond, il avance et bientôt, en mai, il surgira dans un bel horizon bleu, bercé par la douceur neuve du printemps qui réchauffe, il sera le 3 mai en librairie. Merci à David Meulemans pour cette note d’espoir.

Puis J'ai pensé à On avance, la chanson d'Alain Souchon, et à toute cette nostalgie et douce mélancolie teintée d'espoir impalpable, c'est impossible d'exprimer avec des mots tout ce que l'on ressent, alors on fait avec ce qu'on a. On fait avec ce qu'on a et on avance, car, de toute façon, il est trop tard pour faire la route dans l'autre sens.

http://www.christophelucquinediteur.fr/le-camion/ 

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On avance, on avance, on avance. 
C'est une évidence : 
On a pas assez d'essence
Pour faire la route dans l'autre sens. 
On avance. 
On avance, on avance, on avance. 
Tu vois pas tout ce qu'on dépense. On avance. 
Faut pas qu'on réfléchisse ni qu'on pense. 
Il faut qu'on avance.

Nous aimerions pouvoir exprimer, de manière simple et claire, les sentiments que brassent en nous nos livres, nous essayons mais nous pensons toujours que quelque chose nous échappe. Par exemple, personne ne peut voir comme on est tout entier et personne n'est comme on le voit. Comment réussir à mettre des mots sur quelque chose d'aussi spontané qu'un sentiment réveillé par des mots et qu'on ne peut exprimer totalement avec des mots ? Alors, nous préférons laisser la parole aux libraires. Nous avons toute confiance en leur regard neuf. Voici deux étoiles, elles seront dans notre ciel le 15 mars et le 3 mai.

Bonne lecture.

Pour voir notre dernière lettre d'information, c'est ici et aussi juste en dessous en photos :)

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Christophe Lucquin Éditeur sur Kroniques.com, le blog d'Amandine Glévarec

Amandine Glévarec a lancé kroniques.com, blog où elle partage avec nous son enthousiasme pour le monde du livre et toute sa passion pour la littérature. Après avoir inauguré sa nouvelle série consacrée aux maisons d'édition avec David Meulemans, l'éditeur de la maison Aux forges de Vulcain, elle m'a contacté il y a quelques jours. J'ai accepté de répondre à ses questions. Voici l'entretien :

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« [Interview] Comment (se faire) publier : Christophe Lucquin Éditeur. Un grand merci à Christophe qui ne nous cache rien, ni les difficultés, ni les problématiques liées à la diffusion/distribution, et qui surtout - malgré tout - reste passionné par son métier, par les mots et par la littérature. Une belle maison à découvrir de toute urgence si vous ne la connaissez pas encore ! »

Amandine Glévarec – Cher Christophe, quel cursus as-tu suivi ?

Christophe Lucquin – J’ai commencé en droit, que j’ai abandonné pour les langues et l’anthropologie. Ce n’est pas que le droit ne m’intéressait pas, mais au bout de quelques semaines de cours, je me suis posé la question « est-ce que tu te vois vraiment poursuivre dans ce domaine ? » et ma réponse a été « non ». Les langues, c’était par facilité, parce qu’après 35 heures de cours par semaine en droit, les 16 heures en langues c’étaient les vacances à côté. Je crois que je n’ai jamais étudié ce que j’aurais réellement aimé étudier. Enfin, j’ai délaissé l’anthropologie que je faisais en parallèle, car mes études de langues m’ont mené à Madrid (en réalité, c’est une histoire de cœur qui m’a fait partir), où je suis resté trois ans.

A. G. – Comment es-tu entré chez Métailié ?

C. L. – Quand je suis arrivé de Madrid, j’ai d’abord trouvé un poste de rédacteur dans un magazine spécialisé : Hot Vidéo. J’ai démissionné au bout de quatre mois. Au début, je pensais que ce serait une expérience un peu cocasse, puis j’ai commencé à éprouver beaucoup d’ennui, l’ambiance n’était pas terrible, les collègues un peu trop excités de base. Quatre mois c’est peu de temps, mais j’ai pu me rendre compte que le sexe brassait beaucoup d’argent. C’était aussi tellement une caricature : par exemple, le patron passait deux semaines par mois à Los Angeles. Dans les locaux du magazine, il était toujours en chemise hawaïenne et marchait pieds nus. Nous étions à la Plaine Saint-Denis, sur un grand boulevard, c’était très gris par là-bas, mais au dernier étage du petit immeuble neuf qui abritait le magazine, au-delà du fouillis des routes et de toute cette zone grise, il y avait une très belle vue sur le Sacré-Cœur. Ce n’était pas la vue à laquelle le touriste est habitué, c’était le Sacré-Cœur de dos. Ce fut la seule chose agréable de cette expérience.

Je me suis donc remis à chercher un job, parce que le RSA, contrairement à ce que certains pensent, n’est pas très confortable. Je n’avais pas droit au chômage, puisque j’avais démissionné. Je me souviens avoir envoyé une candidature spontanée aux éditions Métailié. Pourquoi ? je n’en sais rien, peut-être ai-je pensé tiens une maison spécialisée en littérature latino-américaine, il y a sûrement un peu de cela. Un jour, je reçois un appel des éditions Métailié, je suis convié à un entretien. J’arrive 5, rue de Savoie (l’ancienne adresse). Je vois cette jolie femme d’un certain âge, elle m’impressionne un peu, je dois dire, Anne-Marie Métailié, c’est un personnage, alors quand vous vous retrouvez en tête à tête avec elle, pour la première fois, c’est déstabilisant, surtout pour moi qui, même si je ne connaissais pas grand-chose au monde de l’édition, savais ce qu’elle représentait. Et donc, Anne-Marie Métailié me confie que c’est la lettre que je lui ai écrite qui a retenu son attention. Au bout de quelques minutes, on se dit au revoir, elle me dit qu’elle va me recontacter bientôt, ce qu’elle fait quelques jours plus tard. Au téléphone, elle me dit « vous vous rendez compte que j’ai vu des filles qui ont des cursus d’édition et que j’ai envie de parier sur vous ? » Je lui réponds que oui je m’en rends compte, et que je ferai de mon mieux. C’est ainsi que je deviens son assistant.

A. G. – Qu’y apprends-tu du métier d’éditeur ?

C. L. – C’est aux éditions Métailié que j’ai appris les ficelles et les dessous de l’édition. J’ai compris que c’était une chaîne énorme et lourde, qui tourne, certes, mais avec des défaillances. J’ai appris qu’il y avait plusieurs acteurs dans cette chaîne, que beaucoup méconnaissent : il y a l’éditeur, mais il y a aussi l’importance toute première du diffuseur et de son équipe commerciale qui parcourt le territoire pour présenter les ouvrages de leurs éditeurs. J’ai compris ce que représentait un livre, le travail qu’il y a autour, le travail de l’éditeur, d’accompagnement qu’il fait et, surtout, j’ai compris que publier un livre, c’est comme jouer au jeu. C’est investir de l’argent, beaucoup d’argent, c’est prendre des risques pour des retombées limitées, voire nulles. Bien sûr, c’est investir de l’énergie, beaucoup d’énergie, et beaucoup de temps. J’ai fait la connaissance d’auteurs, c’était la première fois que je parlais à des auteurs. Avec certains, j’ai pu garder des liens. J’ai appris tout ce qui était derrière, tout ce qu’on ne sait pas forcément, et donc, j’ai compris que ce n’était pas facile et qu’une maison ne peut exister sans des gens passionnés.

Aussi, j’ai appris qu’une maison indépendante pouvait être achetée par un groupe : c’était l’époque où les éditions Métailié étaient secrètement en vente. J’ai appris qu’une maison d’édition c’était une entreprise.

A. G. – Fin 2010, tu lances ta propre maison d’édition, qui porte ton nom. Dans quelles circonstances as-tu décidé de te lancer ? Quel bagage (connaissance du milieu, assurances financières, compétences) avais-tu ? Cela engendre des questionnements, par exemple la distribution, le placement en librairie, et bien sûr la visibilité dans la presse…

Je vous invite à lire la suite sur kroniques.com

 

Premiers retours de libraires sur LE CAMION de Neige Sinno

Librairie Charybde (Paris), Hugues Robert
« Une bande d’amis, un camion rapiécé, un voyage presque immobile et pourtant formidablement intense, pour un premier roman au charme à la fois simple et extravagant. » [lire la suite]

Librairie Au Brouillon de culture (Caen), Martin Knosp
« Derrière ces six amis rassemblés autour d'un camion qui n'avance nulle part, Neige Sinno nous propose un texte très fort et d'une grande sensibilité, qui rend compte du sentiment collectif de toute une génération. Il y a une vraie douceur dans le traitement de ses personnages par l'auteur et entre eux, au sein de cette communauté d'amis. Comme si elle allait être confrontée inéluctablement à l'hostilité du monde et qui rend l'attachement du lecteur encore plus prégnant. Enfin, là où j'ai considéré le texte comme le plus intéressant c'est justement sur le fait que le voyage est un mirage, un aboutissement sans cesse reporté et qui perd de son sens au fil des pages. Vraiment un très beau texte, à la fois simple et accessible mais qui vous marque en même temps pour longtemps. » 

Librairie À livre ouvert (Wissembourg), Willy Hahn
« Voyage en adulescence
Amanda, Leïla, Lola, Jérôme, Mathieu,Pierre-Olivier, et quelques autres se sont agrégés autour d'un vieux fourgon avec lequel ils rêvent de parcourir le monde : Afrique, Chine, Tibet, toutes les destinations sont envisagées. "Le camion" comme ils l'appellent n'ira jamais plus qu'à quelques dizaines de kilomètres de Marseille.
Les itinéraires des uns et des autres sont variés, symptomatiques de la diversité de la cité phocéenne. Ils sortent tout juste de l'enfance, ont à peine dépassé l'adolescence et sont pétris de rêves, de désirs et d'envies de carrières. Ils vivent pour la plupart encore chez papa-maman, font des études, vivent de petits boulots et surtout cherchent et se cherchent. Comme toutes les générations avant eux ils rêvent de "grands soirs", philosophent sur "le mal du siècle" (que ne sont-ils nés vingt ans plus tôt...que n'ont-ils vécu mai 68).
De cet agrégat, de ce précipité de jeunesse et d'insouciance, Neige Sinno extirpe des portraits tour à tour tendes, drôles, touchants d'une génération pour qui a été crée le néologisme "adulescents". Ils naviguent entre le "déjà" et la "pas encore", rejettent le monde des adultes, voient s'éloigner irrémédiablement l'enfance avec ses rêves et ses douceurs. Funambules sur la corde raide entre ce qu'ils pourraient être et ce qu'ils ne seront jamais plus, ils se frottent, l'un à l'autre, l'un contre l'autre, à la vie, aux questions existentielles.
Avec intelligence et finesse, Neige Sinno dresse leurs portraits quinze ans plus tard, lorsque les hasards de la vie les font se rencontrer ou pas, vieillis de toutes ces expériences qui ont fait d'eux des hommes et des femmes aguerris. Que reste-t-il de leurs rêves, de nos rêves? »

Cultura (Chambray-lès-Tours), David Goulois
« Les phrases courtes de Neige Sinno donnent un rythme alerte au roman qui pourtant reste coincé dans la ville et ses alentours alors que l'on était prêt à imaginer un roman au long court, une aventure humaine. » [lire la suite]

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3 mai 2018 | 13 × 19 cm | 260 pages
21 € | 978-2-36626-125-7

On a besoin de vous lecteurs pour changer la donne.

Premier roman de Neige Sinno, LE CAMION, dont la sortie était initialement prévue le 18 janvier, paraîtra le 15 mars. Nous allons avoir besoin de vous lecteurs pour le faire arriver en librairie et lui donner une chance de vivre, parce qu’un livre qui reste dans le stock du distributeur, c’est un gros gâchis, c’est nul, ce n’est pas vraiment le destin qu’on imagine pour lui. Il serait bon qu’on puisse modifier un peu la donne d’un marché du livre pourri, qui ne permet qu’aux gros d’exister, de s’imposer et qui ne laissent comme destin aux petits que celui de mourir. 

Voilà ce qu'en dit un libraire de Paris (Charybde) : Une bande d’amis, un camion rapiécé, un voyage presque immobile et pourtant formidablement intense, pour un premier roman au charme à la fois simple et extravagant. [lire la suite ici]

Cet après-midi, j’étais au téléphone avec mon diffuseur, qui m’a fait remonter des choses qui se disent sur la maison. C’est ainsi que j’ai appris qu’on trouvait que nos livres étaient trop difficiles. Là, il y a eu un silence, ce genre de silence qui marque un temps d’interrogation, un silence songeur, un silence de surprise, il a tout de suite enchaîné en disant que lui ne trouvait pas que nos textes étaient compliqués, qu’il en avait lu au moins quatre et qu’ils se lisaient bien, et bien sûr, je suis bien placé pour abonder dans son sens, les textes que nous publions n’ont rien de difficile, et ça veut dire quoi « texte difficile », au juste ? Je pense que quand on les lit, et il y en a quelques-uns des libraires qui ont lu des textes de la maison, qu’ils ont aimés. Je pense à tous nos titres sortis depuis le 20 avril 2016 : Rien n’est crucial, La nuit qui n’a jamais porté le jour, Paris Mexico D.F., 11 ans, L’Homme de miel, je m’adresse à ceux qui les ont lus, qu’ont-ils de si compliqué ? Il suffit de les lire pour s’en rendre compte. J’ai appris aussi que la maison pâtissait parfois d’une mauvaise image, oeuvre de personnes qui ont lancé des ragots. Qu’ai-je donc fait de mal, dit de mal ? Et si un jour j’ai dit un truc sur le métier, il y a longtemps, qui a pu être mal interprété, faudrait-il m’en tenir rigueur et s’évertuer à détruire le projet d’une vie ? Ceux qui font ça savent qu’il est très facile d’influencer les gens. Arrêtez, s’il vous plaît, de vous laisser influencer. Choisissez la difficulté et essayez de voir ce que nous sommes réellement, jugez par vous-mêmes.

Le libraire est généralement réticent à prendre les livres des petits éditeurs, c’est normal d’aller vers les choses les plus sûres, on ne veut pas leur jeter la faute, car ils ne l’ont pas la faute, et le diffuseur alors, on pourrait dire qu’il devrait insister auprès du libraire pour découvrir des livres d’éditeurs, qui ont besoin de visibilité, on pourrait lui jeter la faute, il pourrait se bouger lui aussi de son côté, mais il n'a pas la faute non lus, et le lecteur lui, il devrait essayer de ne pas focaliser sur les 15 ou 20 livres dont on parle partout tout le temps dans les médias, pour aller en quête d’autres sensations, ce petit truc de l’aventurier, de l’explorateur, du découvreur, mais il n'a pas la faute, il va au plus facile, il a entendu parler d'un livre, il veut ce livre, etc, etc, etc. Quant aux médias, je n'en parle pas, parce qu'il est vraiment fou de se dire que les médias ne parlent que des livres dont il faut parler, c'est comme ça dans 98 % des cas, de toute façon ce ne sont pas eux qui font vivre un livre, sauf s'il s'agit de Télématin et autres programmes du genre, mais bon, l'offre n'est pas fréquemment renouvelée. S'aventurer, explorer, découvrir, voilà trois mots, voilà une clef, il faudrait aujourd’hui que tout le monde laisse tomber la facilité, reprenne le contrôle de ses fonctions vitales, vibre vraiment, il faudrait que tout le monde se pose en aventurier, en explorateur, en découvreur. Le livre doit être une grande aventure, ne le laissons pas devenir la chasse gardée de deux ou trois groupes, il faut de la différence, le livre doit mettre en éveil, doit réveiller, secouer, il doit être fort, sincère, hors normes, il doit rester libre.

Si chaque fois que je recevais un texte, un livre était vendu...

Je reçois toujours autant de textes, je crois même que la moyenne des textes reçus par jour en ce début 2018 est supérieure à celle de 2017. Il y a toujours ceux qui commencent par Madame, Monsieur, croyant qu’ils tombent sur le comité de lecture de Gallimard, d’autres qui disent connaître la ligne éditoriale de la maison (que je ne connais pas moi-même, ou, plus exactement, que je ne pourrais définir avec des mots), et qui semblent ne rien avoir lu du catalogue, et ceux qui s’adressent à l’éditeur, d’une manière plus personnalisée, en disant qu’ils ont fait le tour sur internet, site de la maison et autres pages, des publications de la maison, affirmant que le texte joint est pour elle. Il y a ceux aussi qui relancent sans arrêt, dès le troisième jour de l’envoi de leur texte, les agressifs qui, même s’ils disent connaître la maison, avoir fait le tour du site, s’insurgent de ne pas recevoir de réponse dès le premier mois, pourtant tout est précisé dans la rubrique contact du site de la maison, à l’endroit même où ils remplissent le formulaire de contact pour envoyer leur texte. La réponse peut arriver au bout de quelques heures, ce qui est toujours bon signe. Parfois, elle n’arrive jamais.

Être éditeur, c’est, en plus de se faire enfoncer des clous dans le cœur, constater la petite bêtise et méchanceté de beaucoup beaucoup beaucoup de personnes, toutes classes sociales confondues, toutes origines confondues, tous niveaux confondus. La bêtise et la méchanceté n’ont pas de frontières, elles frappe partout, même ceux qui se revendiquent minorité éclairée.

À l'instant, une idée que Quemelo me susurre à l'oreille : pour que son mail soit ouvert, l’auteur devra joindre une photo de la couverture d’un livre de la maison, collé à droite de son visage, langue sortie et rangée à gauche.

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Au revoir 2017

Je fais le rêve qu’en 2018, l’homophobie active (les gens ouvertement homophobes, qui n’aiment pas l’idée qu'un garçon puisse aimer un garçon et qu'une fille puisse aimer une fille) et l’homophobie passive (les gens qui disent qu’il s’en fichent, que ce n’est pas leur problème, que chacun est libre de faire ce qu’il veut, à partir du moment où ils - les homosexuels - les laissent tranquilles, ceux qui disent aussi qu’ils n’ont rien contre deux garçons qui s’embrassent, contre deux filles qui s’embrassent, mais qui empêchent la grimace quand le baiser a lieu à côté d’eux et qui pensent sans le dire que c’est quand même bizarre deux hommes qui s’embrassent, que deux femmes qui s’embrassent, ce n’est pas plus naturel, mais moins gênant ou plus agréable à voir) disparaîtront. On parle beaucoup de la domination de la femme par l’homme, et c’est très bien, parce que personne n’a vocation à être soumis et abusé, il faudrait aussi qu’on s'intéresse à la condition des personnes du même sexe qui s’aiment, qu’on arrête de dire, même quand on veut bien se montrer tolérant « je respecte leur choix », car ce n’est pas un choix, on naît comme ça, c’est la nature humaine, et le propre de la nature humaine, c’est la différence, toutes les différences qui créent un beau tout, que certains esprits petits et malades s’évertuent à essayer de casser, en invoquant cette même nature qu’ils insultent avec leurs mots pourris.
Donc, en 2018, j’aimerais que plus personne ne soit gêné par le désir et l’amour que peuvent ressentir une femme pour une autre femme et un garçon pour un autre garçon et le baiser qu’ils se donnent.

J’espère aussi que la maison connaîtra des jours meilleurs, et pour cela, nous avons besoin de vous, libraires, lecteurs. 

🍀

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Il faut être têtu, l'espoir est toujours là.

Depuis octobre 2013, j'ai publié vingt-deux livres, j'ai connu trois diffuseurs, un mauvais, un meilleur (qui a disparu), et le dernier dans lequel j’avais fondé beaucoup d’espoir (espoir déçu). Il faut regarder devant, demain tout sera plus clair, forcément, et plein d'aventures. Je pense à ces grandes aventures qu'auraient pu être - qu'auraient dû être - certains livres publiés entre octobre 2013 et aujourd'hui. Il est clair que beaucoup d'entre eux méritent beaucoup plus que ce qu'ils ont à peine eu, mais ce n'est pas facile pour un petit de faire connaître ses livres, ça on le sait. Mon combat n'a rien de mauvais, puisqu'il est relativement noble, même si relativement superflu : publier des livres, c'est-à-dire, faire vivre des textes qui selon moi doivent exister sous forme de livres pour être proposés au plus grand nombre (c'est là que ça pêche), donc rassurer leurs auteurs qui eux aussi espèrent que leurs écrits n'ont pas été écrits pour rien. Voilà au moins un point positif de mon action : pendant quelques instants, je suis à l'origine de la joie d'un auteur quand il apprend que j'ai aimé son texte et que je veux le publier, car, par la suite, à cause de ma trop petite visibilité due à ma trop petite force de frappe, due à mes diffusions trop imparfaites et à mon ambition d'être un acteur du monde éditorial peut-être un peu trop utopique (j'aimerais que mes livres soient lus ! Mes auteurs seraient heureux, au lieu de finir par bouder et penser que je n'ai pas assez fait et moi d'avoir les épaules lourdes) c'est la déception qui le gagne. Et ces textes qui n'ont pas percé, parce que je suis trop petit et que j'ai eu des soucis de petits, méritaient d'exister. J'aurais tant aimé que certains auteurs n'oublient pas que l'éditeur et l'auteur sont dans le même bateau, qu'un éditeur comme moi ne mérite pas d'être autant culpabilisé (mais c'est vrai qu'être petit éditeur c'est se faire enfoncer des clous dans le coeur), car il n'a malheureusement pas les rênes, il essaie simplement de s'accrocher à ces monstres emballés qui écrasent tout sur leur passage, avec ses petites griffes, en attendant d'avoir une meilleure monture. Ça viendra, ou pas, pourtant j'ai l'impression que tout cela a du sens, je suis têtu, mais pas en vain, autrement il n'y aurait pas eu certains petits succès, il n'y aurait pas eu ces quelques marques d'intérêt, ces petites reconnaissances. J’aimerais essayer de continuer à essayer de prouver que je ne suis pas là pour rien, que je ne suis pas que le petit éditeur qui n'aurait pas la taille d'un vrai éditeur - a écrit un méchant quelqu'un il y a quelque temps, ont pu penser des vilains qui pensent en raccourci, qui oublient qu'avant de parler, il faut avoir une certaine humanité, et que c'est quand on a une humanité qu'on est capable d'appréhender les choses, la vie, les soucis du monde, au lieu de sortir idiotement que le Lucquin il nous emmerde avec ses jérémiades - peu importe ces frustrés du sentiment, il faut aller de l'avant et continuer la quête de la sincérité. Être différent exclut, je le sais, mais ce n'est pas demain que j'essaierai d'entrer dans le monde mielleux des courbettes, des sourires faux, je souhaite simplement qu'on me laisse tranquille, et qu'on s'intéresse à mes livres, sans ragots.

Je me dis que, un jour, j’aurai les moyens de prouver aux gens que la maison est belle, ils verront qu’elle a une âme, qu’elle a des tripes. Elle est là toujours, il est quand même beau le bricolage, non ? Imaginez si nous avions quelques moyens, imaginez ce que nous ferions si nous avions quelques moyens. Il faut être têtu, l’espoir est toujours là. Je fais le vœu de trouver un investisseur, un mécène, une maison qui nous prenne sous son aile, des épaules, des libraires amis, des lecteurs, plus d’énergie encore pour continuer d’essayer de ne pas laisser filer l'espoir.

Devant moi, il y a l'horizon bleu, derrière moi, l'abîme. Je suis dans un tourbillon qui balaye la ligne de crête séparant ces deux mondes. C'est exaltant, c'est effrayant, j'ai la tête qui tourne, il y a des vagues et beaucoup de vent qui me fouettent le visage et le caressent aussi parfois. C'est ça ce que je ressens. Je tourbillonne.

Bonnes fêtes !

Pour les fêtes : des livres et du partage pour continuer à rêver.

Quand j’étais petit, jamais j’ai pensé un jour : quand je serai grand, je serai éditeur. Et je crois que c’est le cas de tous les éditeurs de la place. Quand j’étais petit, je voulais être agriculteur. Sur mon petit bout de terre natale, l’Île de La Réunion, je m’y voyais cultivant la canne à sucre, les chouchous, les bananes, les orchidées, en fait je me voyais cultiver pas mal de plantes, car j’ai toujours aimé les plantes, les arbres, toucher un arbre, une feuille, cela m'est aussi naturel que de caresser un cochon d’Inde, un hamster ou un chien. Je me voyais aussi avoir des bêtes, plein de bêtes, des hamsters, des cochons d’Inde, des chèvres, des chevaux, des chiens et surtout beaucoup d’oiseaux ; des petites perruches, des grandes perruches, des cacatoès et des perroquets, des petits et des grands, des tourterelles, des moineaux, des merles, des pinsons, des chardonnerets. Je ne suis jamais devenu agriculteur, je n’ai jamais eu de zoo, mais j’ai eu des plantes quand nous sommes rentrés en métropole, après la Guyane et Saint-Pierre et Miquelon (là-bas, j’ai vu des phoques et des icebergs, j’ai marché sur la mer gelée, j’ai mangé des donuts américains, des paquets de chips avec à l’intérieur des images de catcheurs américains, des bon-points à l’école, des myrtilles qu’on cueillait avec mon frère sur la montagne pour ma mère qui en faisait des tartes, de la neige, beaucoup de neige, j’ai connu le poudrin, tellement fort qu’à cinquante centimètres on ne voit plus son voisin, j’ai connu les doris, j’ai fait de la luge, beaucoup de luge, j’ai capturé des têtards, beaucoup de têtards, j’ai bu l’eau du ruisseau dans la petite montagne, j’ai été traumatisé par une éclipse de soleil, je me souviens aussi d’avoir vu des baleines. Le rêve pour un gosse, non ?). En métropole, nous nous sommes installés dans la campagne niortaise, dans une maison avec un grand jardin. Mes parents, véritables paysagistes l’avaient rendu si beau ce jardin, dans le potager, j’eus même le droit à un petit espace à moi, pour cultiver mes propres légumes. Je plantais dans des pots des pépins, des noyaux d’avocat, de mangue, de litchi, et dans mon potager des haricots, des tomates, des courgettes, des poivrons. J’ai eu aussi Snoopy et Polux, des cochons d’Inde, mes meilleurs compagnons de jeu, ainsi que mon premier chien, Dusty, un golden retriever incroyablement doux, j’ai eu des hamsters, qui avaient hérité des cochons d’Inde leurs noms, j’ai eu des poissons dans un grand aquarium ; des guppys royaux, des mekis, des scalaires, des néons, des gouramis, des tétras veuves noires, un discus, des barbus, des labéos, des danios, des platys, dont les petits sortaient tout faits du ventre de leur mère et les plantes qui allaient dans l’aquarium. J’ai eu des oiseaux, dans des volières, une pour les perruches ondulées, les calopsittes, les inséparables ; l’autre pour les tourterelles qui finissaient par s’accoupler avec les sauvages, car un trou leur permettait d'aller voler en liberté, j’ai eu l’espace de quelques minutes un poussin sorti d’un œuf de poule que j’avais subtilisé dans le poulailler chez quelqu’un et mis à couver par une tourterelle, quelques minutes, je l’ai trouvé sur le sol, près de la mangeoire, il était mort en tombant du nid.

Un moment, j’ai pensé que je pourrais être évêque, mais je n’ai jamais fait de choses de curé. Plus tard, je me suis vu faire de la politique, je me suis engagé dans un parti, j’ai pris ma carte et cinq ans après j’ai laissé tomber, ce n’était pas drôle, ça sonnait faux, je le pense toujours aujourd’hui.

Plus tard encore, j’ai rêvé de voyage, l’avion me manquait, la métropole m’étouffait, je voulais partir vers l’horizon, vers l’ouest, vers le Nouveau Monde, j’ai découvert l’espagnol en classe de quatrième, et avec l’Amérique latine qui m’a fait rêver, j’ai appris la langue, je la parle encore tous les jours aujourd’hui. J’ai aimé l’histoire, je me suis vu professeur d’histoire, je m’intéresse aujourd’hui à l’histoire de la conquête du Mexique, aux aztèques, et à leur langue que j’apprends. J’ai ramené du Nouveau Monde un argentin de Buenos Aires, puis un mexicain de Xalapa (et je peux dire que ce n'est pas si facile pour un étranger d'avoir des papiers) et aussi un petit chichi de Córdoba, Quemelo mon petit chihuahua tête de cerf.

Bien plus tard, j’ai découvert l’édition et je suis devenu, de fil en aiguille, éditeur. J’ai rêvé de beaux livres, j’en ai fait. J’ai mis dans cette maison tous mes rêves d’enfant, mes sentiments d’enfant, j’ai publié des textes qui disent un peu de quoi je suis fait, qui disent un peu de quoi nous sommes faits, j’ai publié des auteurs latinos, j’ai visité des pays, et j’ai pensé que je pourrais peut-être y vivre. Quand je vais mal, je regarde vers l’ouest, je trouve la bonne direction et je cherche un avion dans le ciel, le rêve revient et l’espoir regrossit.

Je suis devenu éditeur sans avoir rêvé le devenir, parce qu'on ne rêve pas d'être éditeur quand on est petit. Ce n’est pas le cauchemar, c’est beau, quand on arrive à mettre les ennuis de côté, les comment je vais faire pour continuer, pourquoi cette mise en place pourrie, pourquoi les représentants ne lisent pas ce bouquin, il est pourtant génial ce bouquin, pourquoi les libraires ne lisent pas ce livre, pourtant c’est un grand livre et ils le savent aussi à partir du moment où ils le lisent, et puis pourquoi le papier est si cher, pourquoi c’est si cher de vouloir faire quelque chose de beau, pourquoi pour entreprendre dans l’édition il faut avoir beaucoup d’argent, pourquoi la littérature serait le monopole de quelques-uns suffisamment friqués ? Pourquoi avoir pensé que cet auteur était un ami, puisqu’il me poignarde aujourd’hui, pourquoi tant de choses qui viennent délaver l’envie ?

La maison a des livres, un catalogue, et on aimerait que vous les découvriez pour les fêtes, parce qu’ils sont remplis de poésie, d’émotion, de sentiments, d’audace, de piquant, parce que les histoires qu’ils racontent sont un peu de nous tous, auteur, éditeur, lecteur, balayeur, patron de café, employé, chauffagiste, douanier, professeur, tous nous avons été enfant, tous nous avons eu des rêves, tous nous en avons encore, quand on veut bien les regarder en face, ce n’est pas une honte de rêver, c’est important de faire attention à l’enfant qu’on est encore à l’intérieur de l’enveloppe des années du temps qui passe.

Regardez la liste, offrez-vous en un, offrez-en un deuxième, ce sont de vrais livres, des livres sérieux, même s’ils ne sortent pas de chez un éditeur au nom très connu, il y a une exigence, même si personne n’en parle de la maison, même si un connard ou deux propagent des ragots sur son compte, ce sont des livres qui ont le mérite d’exister et le devoir d’être lus. Je n’ai pas envie de faire la braderie de Noël : « un livre acheté, le deuxième offert ! », ce ne sont pas des salades ou des tomates, ça dure plus longtemps, ça peut traverser des siècles, c’est les tripes d’un auteur, les tripes d’un éditeur, c’est du papier qui coûte cher, alors non aux pratiques de soldeur. Parce qu’un livre acheté, ce ne sont pas que quinze ou vingt euros dans la poche de la maison, ça paye tout l’investissement, financier et humain, qu’il y a derrière et ça nous donne envie d’en faire encore, ça donne du sens. > http://www.christophelucquinediteur.fr/boutique/

Mon chez moi, c’est un studio, et je suis prêt à vivre au RSA encore des années si c’est pour que la maison qu’il abrite se développe, finisse par vivre correctement. En fait, on est frustrés, parce qu'on fait des livres pour les partager avec vous, mais qu’on n’arrive pas bien à vous trouver, pourtant vous êtes là, pas si loin, c’est comme les trésors, ils sont rarement à portée de vue, il faut gratter un peu. Vous êtes le trésor, nous sommes le trésor, il n’y a plus qu’à se rencontrer.

Bonnes fêtes à tous,


C.L.

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3 livres pour décembre, 3 livres pour le cœur.

Je ne sais plus vraiment quoi dire pour vous encourager à découvrir les titres du catalogue. J’en conclus qu’il n’y a peut-être plus grand-chose à dire, alors, excusez-moi, je vais me répéter encore un peu, enfin non, c'est ceux qui les ont lus que je vais faire parler, comme ça vous verrez que je ne suis pas le seul à les défendre, et que ma parole n'est pas seulement celle d'un éditeur désolé de ne pas vendre des livres par milliers. 

Nous sommes à la veille de décembre, le mois des fêtes, une période où tout est gris dans les villes, où le ciel délave les campagnes et le froid de l'air les fige dans l'humidité, alors ça fait du bien un peu de chaleur, un peu d'amour, un peu de lumière. Ces trois livres sont un peu de cette chaleur, de cet amour, de cette lumière, ce sont des livres qui ouvrent les yeux, des livres qui disent à ceux qui les lisent vous êtes bien vivants. Notre tache à nous, c'est de continuer à publier des textes comme ceux-là, de les partager avec vous, des textes qui bousculent, qui vont chercher au plus profond de votre cœur, de votre tête, les sentiments, qui font vibrer la vie dans votre intérieur.

 

Le premier est dans la présélection 2016-2017 du festival du premier roman de Chambéry. Il s'agit de 11 ans, de Jean-Baptiste Aubert.
 
« Lu en une soirée, plongé en apnée dans ce très beau récit âpre par moment, mais à la démarche salutaire, sur un sujet peu abordé dans les médias. Sans misérabilisme, la voix du narrateur, celle d'un enfant chahuté par la vie et mal dans sa peau, nous délivre un discours touchant. Un texte sobre et émouvant. » David Goulois, Cultura de Chambray-lès-Tours

« Juste et touchant. Un très beau texte sur l'enfance, la souffrance, la difficulté de vivre. » Valérie Caffier, librairie Le Divan (Paris)

« Ce petit livre est un très beau texte. Il m’a beaucoup touchée, j’ai vraiment aimé ce moment passé en compagnie de Kévin, un petit bonhomme que j’ai maintenant dans la tête, à qui je pense avec beaucoup de tendresse. » Anne Cuilhé, Librairie Le Gang de la Clef à Molette (Marmande)


Le deuxième livre, Rien n'est crucialde l'espagnol Pablo Gutiérrez, a inauguré notre collaboration avec Harmonia Mundi Livre en avril 2016. Il n'est connu de presque personne, puisque dès sa sortie il était miraculeux de l'apercevoir en librairie. Au total, il s'en est vendu un peu moins de 50 exemplaires et il en reste près de 800 en stock. Ce livre est une perle, une cinquantaine de privilégiés l'ont chez eux, beaucoup aimé, j'en suis certain. Un livre qui est même au programme du master 1 de littérature de l'université d'Anger, chanceux étudiants !

« Ce roman endiablé d’un professeur de littérature à Cadiz dispose de tous les atouts pour faire rire et réfléchir, pour horrifier et pour émouvoir, pour faire vivre intensément la lectrice ou le lecteur. » Hugues Robert, Librairie Charybde (Paris)

« Une force étonnante lovée au creux d'une écriture exigeante, novatrice, parfois déstabilisante et jamais ennuyeuse. » Le blog de Yv, Yves Mabon

« Décidément, l'Espagne nous offre régulièrement des textes surprenants, innovants, une autre manière d'écrire et de lire. » Aurélia Barrera, Librairie Bookstore (Biarritz)


Et le dernier, qui est aussi notre dernière parution : L'Homme de miel, d'Olivier Martinelli.
Coup de cœur de 37 libraires.

« Une petite perle, c'est une sucrerie, ça se lit comme ça et on se dit c'est génial et c'est une super approche ! »  Michel Dufranne, Le 6-8 sur la RTBF

« Livre qui se digère doucement mais qui marque profondément. Superbe, vrai, pas de mots en trop. Qui transpire l'amour de la vie. De la famille. De l'humain dans ce qu'il a de meilleur, de l'essentiel et du détail. Bonheur de lecture » Lydie Zannini, Librairie du Théâtre (Bourg-en-Bresse)

« Un livre beau et nécessaire. » Sarah Gastel, Librairie La Terre des Livres (Lyon)

Nous étions heureux, nous avions de l'espoir, nous nous attendions à mieux, mais en haut de la vague d'espoir, il y a le creux, comme les vagues des océans, c'est bien en haut, on aimerait y rester, continuer à toucher l'espoir avec nos doigts tendus, mais on tombe inexorablement. Dans la chute, il faut essayer d'en arracher un tout petit bout de cet espoir, d'en aspirer quelques gouttes qu'il faut garder bien à l'intérieur, s'assurer d’avoir la force suffisante pour la vague suivante, sans ces gouttes-là, l'espoir fond comme un glaçon au chalumeau. 
Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours eu une certaine propension à espérer, il paraît que c’est en écoutant, en observant, que l’espoir apparaît.

 

Vous pouvez commander ces livres en librairie et, si cela vous arrange, vous les procurer sur le site de la maison.

 

S'évanouir.

Aujourd'hui 22 novembre, je suis écrasé de fatigue, une fatigue morale qui me brise physiquement. En début d'après-midi, nous nous sommes rendus au showroom d'Antalis, fournisseur de papier, afin de trouver une solution pour réduire nos coûts d'impression, nous en revenons à l'instant et c'est toujours la même chose : on en sort avec l'esprit toujours aussi embué, car un livre Christophe Lucquin Éditeur, c'est un livre blanc, très blanc - plus blanc, ça n'existe pas - et bleu, et seul le papier Olin propose un blanc extrêmement blanc, c'est bien pour cela que le papier que nous utilisons s'appelle Olin pur blanc, enfin plus exactement rough pur blanc, que ce soit pour les pages intérieures (Olin rough pur blanc 90 grammes) que pour la couverture (Olin rough pur blanc 300 grammes) et la jaquette (Olin rough pur blanc 200 grammes). Quand on fait le tour des autres papiers existants, on se rend bien compte qu'il n'en existe pas d'autres aussi blanc et moins cher que le Olin pur blanc, alors on pense maintenant à réduire le grammage de notre papier, pour rester dans le pur blanc avec le tout petit espoir de gagner quelques centaines d'euros. Mais voilà, le Olin grammage léger ou pas reste un papier cher, il semble que c'est le prix à payer si nous voulons garder l'identité de la maison. Opter pour un papier nettement plus économique, celui qu'on trouve un peu partout dans les livres aujourd'hui, changerait ce que nous sommes, nous ferait devenir un peu crème alors que nous ce qu'on aime c'est l'éclatant du blanc, c'est l'horizon bleu qu'il permet, c'est l'encre noire qui s'épanouit sur ces pages immaculées. Que faire ? Nous pourrions gagner quelques euros en faisant imprimer nos livres à l'étranger, en Bulgarie, en Lettonie, en Estonie, en Lituanie, en Pologne, par exemple, il en existe plein des imprimeurs qui démarchent tous les jours les éditeurs, basés dans ces pays, garantissant un travail irréprochable et des prix plus intéressants qu'en France, oui, nous pourrions, mais nous avons connu, oui nous avons connu le Nord, nous avons connu l'Est, et c'est toujours le même problème que nous avons eu : le résultat n'était pas irréprochable, le noir tirant plus le gris, la qualité de la facture, le collage, l'assemblage, c'est pour ça que nous sommes revenus en France depuis deux ans, parce que le résultat se rapproche nettement plus de l'irréprochable, que le noir est vraiment noir, que la qualité générale est supérieure, mais la qualité a un prix. Faudrait-il, parce que nous voulons continuer à imprimer en France, que nous options pour un papier économique, ce qui nous ferait perdre au passage notre identité, le côté bel objet que certains relèvent, même s'ils ne sont pas nombreux ? Puisque ces derniers ne sont pas nombreux, pourrions-nous oublier de penser à la qualité de l'objet et proposer un livre blanc crème et bleu avec du papier bouffant de livres tirés à plusieurs milliers d'exemplaires, ou approchant la qualité poche ? Suffirait-il de mettre une photo sur la couverture pour que l'on dise de nos livres qu'ils sont beaux, élégants et qu'ils ont une véritable identité ? Je pense que nous allons concentrer tout notre espoir sur un changement de grammage, on vous dira ce qu'il en est. En attendant, si quelqu'un a envie d'investir un peu d'argent dans une maison qui s'efforce de faire de bons et beaux livres, on est ouverts à la discussion, que votre considération soit intéressée ou non (par contre, on ne voudra jamais se sentir obligés de publier des livres qu'on n'aime pas).

Aujourd'hui, l'envie d'envoyer tout valser n'a jamais été aussi forte, mais il y a quelque chose qui est là, encore, c'est un peu de lumière qui me pousse à m'accrocher encore et toujours à mon petit caillou graisseux. Heureusement, j'ai levé la tête cet après-midi et, dans le bleu infini, cette étoile m'a rappelé que tout est toujours possible à partir du moment où l'on y croit, alors le petit caillou graisseux est redevenu terre promise, belle, inondée d'une douce lumière, sous un ciel bleu, bleu, si bleu, bleu à en foutre le tournis, bleu à s'en évanouir.

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