Le 12 octobre 1492, après de longues semaines en mer, Christophe Colomb atteignait le Nouveau Monde. 525 années plus tard, Christophe Lucquin en est au quatrième jour de la collecte qu'il a lancée sur Ulule pour permettre à sa maison éponyme d'atteindre des jours meilleurs. Il y a peut-être un rapprochement à faire, d'autant plus que le Nouveau Monde m'a toujours fasciné. Gosse, je m'abreuvais des épisodes du dessin animé Les Cités d'or. J'entendais la chanson du générique et m'imaginais sur les caravelles en direction d'une terre nouvelle où un énorme soleil irradiait une lumière chaude et apaisante, je voulais connaître ces terres de l'autre côté de la mer et les gens qui la peuplaient. Quelques années plus tard, la langue espagnole est devenue mon quotidien. Je me revois en classe au collège et au lycée rêvant toujours de ces merveilleuses contrées. Depuis, prendre l'avion pour le Nouveau Monde m'est devenu normal et familier, parce que j'y ai créé des attaches, de la famille et qu'il me rappelle mon petit bout de terre : l'Île de La Réunion. Pour ne pas décevoir mon rêve, le nourir toujours, je suis maintenant des cours de Nahuatl classique et d'aujourd'hui, c'est dans cette langue que Cortés fut accueilli.

Et comme je sais qu'après la tempête le beau temps revient toujours, je suis en plein gribouillis. Bientôt, nous aurons les couvertures de nos deux prochains livres. Et sur mes cuisses, un petit chichi mexicain. Ca mexicatl in chichi. 

La collecte est ici : https://fr.ulule.com/lucquin-editeur/

72.jpg

Aller plus loin, grâce à vous

Nous sommes le 11 octobre, et 11 personnes ont soutenu notre projet. 11 contributeurs et 270 euros récoltés sur un objectif de 9000 euros. Dans 44 jours nous serons fixés. En quarante-quatre jours, il peut s'en passer des choses : je peux me mettre à jouer compulsivement aux jeux de chance et gagner une somme avantageuse, je peux voir venir une « personne fortunée qui, par souci de favoriser le développement des lettres, des arts et des sciences, aide ceux qui les cultivent en leur procurant des moyens financiers ou des travaux », personne que l'on appelle aussi un mécène. En attendant, la maison et moi, on compte sur vous. Quand on croit très fort en quelque chose, l'espoir est là, non ?

Avant 2006, l’édition n’avait jamais fait partie de mon univers. Je connaissais les livres, mais jamais je n’avais pensé à tout ce qui se cachait derrière, tous ces acteurs, la fameuse chaîne du livre. Avant 2006, je n’imaginais pas que je deviendrais un de ses maillons. Petits maillons d’abord quand Anne-Marie Métailié me choisit comme assistant. La période Metailié fut une courte mais riche expérience. J’essaie de ne me souvenir que des bons moments, comme, par exemple, les échanges que j'entretenais avec certains auteurs latino-américains, mes matinées avec Bernard Giraudeau, quand je me rendais chez lui pour l’aider à se débrouiller avec la mise en page de ses textes, ou bien la copie de ses photos sur CD, le temps s’écoulaint au rythme de sa théière à thé vert. Bernard fut toujours agréable avec moi, il alla même jusqu'à prendre ma défense quand Anne-Marie... Anne-Marie et moi, c’est une relation qui commença très bien et qui se termina au bord des Prud’hommes. Je l’entends encore sa petite phrase, la dernière qu’elle m’adressa, amère, c’était son dernier coup, elle ne gagnerait pas, mais la trace resterait longtemps. Cette dernière phrase, je m’en souviens très bien. Nous étions dans son bureau dans l’immeuble au fond de la cour. La loi, au vu de la situation, ne serait pas de son côté, alors elle finit par accepter la négociation. « Christophe, vous êtes jeune, vous devriez penser à ce que vous voulez faire, vous n’êtes pas fait pour l’édition. » Je vous laisse imaginer mon état après ça, j’avais réussi à ne pas me faire renvoyer de manière sale, en ayant droit aux allocations chômage et en négociant une petite somme (heureusement, Macron n’avait pas encore fait des siennes), mais me sortir ça, c'était m’assener un coup qui allait me mettre K.O. Ce fut le cas, pendant quelques semaines.

Mais tout cela c’est du passé. Cette phrase, je savais au fond de moi qu'elle était hors sujet, j’allais la transformer en deux-cents chevaux moteur. Anne-Marie, je ne peux que la remercier, car c’est grâce à elle que je suis devenu un maillon un tout petit peu plus important de la chaîne du livre, en lançant début 2011 ma propre maison d’édition.
« Christophe vous n’êtes pas fait pour l’édition ». 

Même si la maison reste très fragile encore aujourd’hui, je crois savoir que certains la connaissent et respectent ce qu’elle propose, que ce soit Harmonia Mundi, son diffuseur, ou bien les libraires, les lecteurs.
Un peu plus tard, une autre éditrice, Anne Carrière, pour qui je fus lecteur pendant quatre ans, m’encouragea à persévérer. Puis ce fut le tour de Colette Lambrichs des éditions de La Différence, que je connus, puisque les éditions de La Différence s’occupèrent de notre diffusion pendant près de deux ans, elle me dit un jour en me regardant tendrement « Christophe, vous êtes un vrai éditeur ». Cette dernière phrase ce fut l'antidote.

Il y eut aussi cette libraire du centre de Paris. À l’époque je me lançais à peine dans le papier et je n’avais pas de diffuseur distributeur, je pris donc mon courage à deux mains et commençai à démarcher les librairies pour les convaincre de prendre quelques-uns de nos titres en dépôt. Ce n’était pas facile, imaginez. Donc, cette libraire demanda à l’un de ses assistants « allez prendre un livre sur la table » et l’assistant lui tendit un livre des éditions Sabine Wespieser. Là, la libraire me regarda droit dans les yeux, je pouvais voir ses pattes d’oie qui souriaient narquoises, ouvrit la bouche : « vous savez, l’édition c’est un métier » tout en soupesant d'un air dédaigneux, l'observant dans les détails, mon livre et m’invitant d’un petit signe maxillaire à jeter un œil sur sa main gauche qui tenait le livre des éditions SW. Elle me signifiait que mes livres étaient de mauvaise facture en comparaison à d’autres livres. Mais comment oser comparer l'incomparable ? les livres d’un petit éditeur sans le sou, venant juste de se lancer, sans aide de graphiste, rien, imprimant à deux cents exemplaires et les livres d’une éditrice en place, reconnue avec des moyens ? Elle avait osé, et même si son attitude avait été minable, moi j’avais reçu une claque qui me marqua pendant plusieurs semaines.

Alors c’est quoi un vrai éditeur ? C’est quelqu’un qui trouve de bons textes, qui repère des auteurs prometteurs, mais ces textes même s’ils sont bons, ces auteurs, prometteurs, ils se peut que vous ne les lisiez jamais, car vous ne les trouverez jamais sur table (c’était très courant de ne pas trouver nos livres en rayon à une époque, depuis cela a un peu changé, notamment avec la sortie de notre super-héros L’Homme de miel, le 24 août. Je crois que nous en sommes à 35 coups de cœur libraire, c’est la première fois que nous vendons autant d’exemplaires d’un titre en si peu de temps. (Vous pouvez lire à ce sujet mon post intitulé 440 du 5 octobre.)
Notre gros problème a toujours été notre manque d’argent. Quand l’argent entre, il repart aussitôt pour assurer la prochaine publication, ce modèle est assez représentatif de ce que vivent beaucoup de micro-structures comme la nôtre. Et quand on manque d’argent tout est beaucoup plus long, beaucoup plus ardu, alors il faut redoubler d’efforts, mais notre succès ne dépend pas uniquement de notre bonne volonté, il est le résultat de l’addition de trois volontés : celle de l’éditeur, celle du diffuseur et celle du libraire. Le lecteur saura qu’un livre existe si ces trois acteurs s’accordent au mieux pour que ce dernier soit visible.

Malgré tout, la passion est là et elle nous permet d’oublier un peu, nous essayons de trouver des auteurs à la voix singulière, de faire de beaux livres (que dirait la libraire du centre de Paris aujourd’hui ?) et de les partager avec vous. On aimerait simplement pouvoir vous approcher un peu plus, vous retrouver dans les rayons des librairies, sur leurs tables, et quand nous n’y sommes pas, nous faire appeler, commander, nous faire lire lire et lire.

Tout cela pour vous dire que nous avons lancé une collecte sur le site Ulule. Si l’objectif est atteint, nous retrouverons sûrement un peu le sourire et la motivation, en baisse ces derniers temps, parce que là, maintenant, vous ne savez pas dans quel état on se trouve. Hier soir, par exemple, la tête occupée, l’esprit baignant dans une purée d’angoisse, j’ai laissé le clavier tout neuf que je venais d’acheter de toute urgence pour notre tour de contrôle, l’ordinateur, le cerveau de la maison, son pauvre teclado (clavier) venait d’expirer. Eh bien, ce clavier, je l’ai laissé sur le rebord d’une caisse dans un supermarché de la rue Montorgueil, heureusement j’ai pu le récupérer au bout d’un vingtaine de minutes, le temps que je me rende compte, place des Victoires (!), que je n’avais qu’un sac dans la main gauche et une bouteille d’eau dans la main droite. J’ai aussi envoyé un sms destiné à mon ami à quelqu’un d’autre par mégarde, qui disait « puedes calentar agua para un té ? » (tu peux mettre de l’eau à chauffer pour un thé ?) parce que j’en avais gros sur le cœur sur le chemin du retour, avec mon sac de courses, mon teclado coincé sous le bras gauche et ma bouteille d’eau dans la main droite, que j’avais un peu froid, que j’étais fatigué de mes angoisses en boucle dans ma tête. Aujourd’hui nous sommes inquiets la maison et moi, mais nous continuons de croire en quelque chose d’exceptionnel qui peut arriver, tant que la petite lumière est là, il faut continuer, n’est-ce pas ?

Nous avons lancé une collecte sur le site de financement participatif Ulule, avec un objectif de 9000 euros. En fait, nous avons calculé que nous avons besoin de près de 8000 euros (il convient de prendre en compte les 8 % retenus par Ulule) pour assurer la production des deux prochains livres qui s’intitulent Le Camion et Le Pays d’où l’on ne revient jamais, deux premiers romans français, l’un sur un groupe d’amis qui a un camion et qui aimerait partir loin avec, ils sont jeunes, la vingtaine, ils sont épris de liberté, ils sont ambitieux, ils pensent que le monde est à eux, que l’avenir va leur sourire, sans peut-être réellement songer à ce que vieillir suppose, en vieillissant on perd, par exemple, ses amis de vue, ceux-là même avec qui on faisait de grands projets, ses rêves aussi, parce que les règles du jeu sont tellement abrutissantes qu’on finit par oublier que le monde c’est bien plus que cela, l'autre, un magnifique texte sur le souvenir, chaque fois que je relis la première page, je ne peux m’empêcher de me dire waouh que c’est beau beau beau, et quand j’en ai l’occasion je le dis à Julien, son auteur, je lui dis j’ai relu le début de ton texte et c’est beau beau beau. Julien et Neige, Neige c’est l’auteur du premier texte, ils doivent être un peu inquiets aujourd’hui, et moi j’aimerais les rassurer et leur dire que nous soulèverons des montagnes ensemble.

On aimerait avoir l’opportunité de continuer à vous proposer des choses, fortes, vraies, sincères, des choses audacieuses, des choses justes et belles, qui deviennent des livres format 13 cm de large, 19 cm de haut, sur papier extra-Blanc Olin, pour que le bleu ressorte toujours plus et que le texte à l’intérieur vous épuise la cornée de trop de beauté. 

Vous l’avez compris, on a seulement besoin d’un litre ou deux d’essence pour que le camion arrive un peu plus loin, dans ce pays d’où l’on ne revient jamais : celui du rêve, du souvenir, de l’enfance.

Pour nous faire sourire c’est icihttps://fr.ulule.com/lucquin-editeur/ 

Merci,

Christophe

cl-ululle.png

 

440

440

Vous connaissez L’Homme de miel, ce livre dans lequel un homme atteint d’une maladie, d’un cancer, décide de saisir son mal par la queue et de la secouer dans tous les sens pour lui faire comprendre qu’il n’est pas le bienvenu et qu’il n’aura jamais sa peau, parce que se sentir en vie c’est un sentiment qui bouleverse, ça donne le vertige, c’est précieux.

L’Homme de miel c’est un livre frais, plein d’humanité, d’espoir qui passe un message simple et important : face au pire, tout ce qu’il nous reste à faire, c’est vivre.

L’Homme de miel, c’est 35 coups de cœur libraire, c’est un livre qui, quand on a franchi la première étape du « oh ça parle de maladie, ce n’est pas pour moi » devient un livre fétiche, un rayon de lumière à transmettre, il a ce petit truc qui redonne foi en l’homme, nous, nous pensons que ce livre-là renferme quelque chose de merveilleux, il suffit de l’ouvrir, et ce sont des larmes cristallines avec des sourires si doux qui viennent, vous voyez l’image du livre qu’on ouvre avec des rayons de lumière qui en jaillissent ? Moi, je suis tout petit devant tout cela, ébloui par toute cette lumière. Eh bien L’Homme de miel, c’est ça, une sorte de graal. Et Olivier lui, c’est un super-homme.

L’Homme de miel, c’est un tirage de 1500 exemplaires. Une faible mise en place que nous avons réussi à transformer en réassort. (Le réassort, c’est quand un libraire commande un livre en dehors de la mise en place. Par exemple, un libraire peut avoir pris un exemplaire d’un livre lorsque les représentants lui en ont parlé ou qu’il l’a vu mentionné sur le bon de commande du diffuseur. Tout livre commandé hors cadre de la mise en place ou office, est un réassort.) La mise en place atteignait à peine les 400 exemplaires, mais nous en sommes à 688 réassorts, ce qui est plutôt pas mal. Environ 1100 exemplaires du livre sont partis depuis sa parution. Vous penserez que c’est super, que sur 1500 exemplaires il n’en reste que 400 en stock chez notre distributeur… Mais non, ce n’est pas comme ça que ça marche. Et c’est là qu’on passe au chiffre le plus important.

L’Homme de miel, c’est environ 440 exemplaires vendus réellement depuis sa sortie. Vendus réellement ça veut dire quoi ? N’y avait-il pas près de 1100 exemplaires partis ? Oui, mais il convient d’expliquer un peu les choses. Sur les 1100 exemplaires qui sont dehors, donc en librairie, à la Fnac, et ailleurs, 440 exemplaires sont passés par la caisse, du rayon ou de la table du libraire à la bibliothèque du lecteur. Les autres exemplaires sont en attente de trouver leurs lecteurs, soit un peu plus de 650 exemplaires. Imaginez, ces 650 exemplaires, ils ne peuvent pas occuper éternellement les étagères, les tables des libraires, ils vont devoir céder leur place aux dizaines d’autres livres qui sont arrivés et arrivent encore. Si ces exemplaires ne trouvent pas leurs lecteurs, ils seront retournés au distributeur qui adressera la note à l’éditeur, et cette note-là, croyez-nous, elle fait mal, parfois très très mal, on peut même ne jamais s’en remettre, c’est ce que l’on appelle les retours. Donc là, l’éditeur doit « rembourser » les livres.

Illustrons par un exemple :

La librairie Verte prend 2 exemplaires de L’Homme de miel quand le diffuseur vient la voir (office, mise en place), le distributeur lui envoie 2 exemplaires qui lui sont donc facturés 19 x 2 = 38 euros.

La librairie Verte décide de commander un nouvel exemplaire (cet exemplaire est un réassort !). Elle a donc vendu 2 exemplaires, mais le dernier, le réassort reste là, tout seul, elle peut alors décider de le renvoyer, au bout d’un certain temps, au distributeur qui devra lui rembourser son achat, enfin c’est l’éditeur qui remboursera au final.

Parce qu’il faut aussi savoir que le diffuseur prend un pourcentage de 55%, normal, il faut bien qu’il rémunère son travail, ce pourcentage inclut la remise libraire comprise entre 35 et 40 %.

Résumons : la librairie a donc pris au total 3 exemplaires, soit 19 x 3 = 57 €.

Elle en vend deux : 19 x 2 = 38 €. Le dernier est retourné au distributeur. L’éditeur est donc redevable de 19 €.

Ces petits calculs pour vous expliquer que :

440 exemplaires de L’Homme de miel effectivement vendus c’est :

440 x 19 = 8 360 €

auxquels on retire les 55 % du diffuseur

8 360 – 55% = 3 762 €

3 762 € c’est ce qui revient à l’éditeur.

L’Homme de miel, c’est un objet livre de qualité qui a un coût. Nous allons un peu parler de la forme. Depuis septembre 2016, nos livres ont changé. Ils ont maintenant une surcouverture ou jaquette sur laquelle a glissé tout ce que l’on trouvait auparavant sur la couverture (visuel de couverture, 4e de couverture, prix, etc), pour plein de raisons que nous avons déjà exposées, retenons-en une : on trouve ça chouette de pouvoir enlever la jaquette et de se retrouver avec un livre tout blanc, comme un carnet sur la couverture duquel on pourrait écrire même, c’est immaculé, le grain du papier est doux, c’est une invitation à plein de choses, ouvrir le livre mystérieux, et une fois lu peut-être même faire disparaître sa jaquette et dessiner, peindre, écrire sur la couverture, réaliser votre couverture idéale, à vous, unique. Parce qu’on n’a jamais compris pourquoi faire une jaquette si on retrouve exactement la même chose sur la couverture du livre.

Nous pensons que la qualité de l’objet livre n’a pas besoin d’être maquillée, il est facile d’avoir recours à des artifices pour tromper un peu sur la marchandise, en décorant le papier bas de gamme utilisé : le fameux 80 grammes, presque transparent, bouffant pour donner l’impression qu’il y a plus de pages, etc. Bien sûr, une composition graphique peut être de belle qualité, mais nous nous préférons mettre en avant l’élément central de la composition d’un livre : son papier. Et sans illusions, il faut apprendre à l’observer : nous utilisons un papier peu courant, le Olin, pour la couverture (300 grammes) et la jaquette (200 grammes), mais aussi pour les pages intérieures (90 grammes), quant à notre encart bleu, il est en papier Pop’Set (120 grammes). Finalement, c’est un peu comme dans le textile, vous voyez ?

L’Homme de miel c’est 1500 exemplaires. C’est 4 483,75 € de frais d’impression.

C’est effectivement élevé. Trop élevé. Mais c’est aussi le prix à payer quand on fait imprimer ses livres en France sur du papier de qualité.

Chaque exemplaire de L’Homme de miel nous a coûtés 3 €.

Pour pouvoir récupérer les frais d’impression de L’Homme de miel, qui est notre meilleure vente depuis que la maison existe (440 exemplaires en à peine plus d’un mois, c’est énorme pour nous !), il faudrait qu’on vende au minimum 525 exemplaires. Après, bien sûr, il y a tous les frais liés à la promotion de l’ouvrage ; on ne vous parle pas des 150 exemplaires envoyés en service de presse, les frais de poste à environ 3 euros l’envoi… Et puis il y a l’auteur aussi, ses droits. L’auteur a une redevance de 8%. Comment payer l’auteur dans ce cas-là ?

Ce qui serait chouette, c’est de doubler le chiffre de ventes effectives : 880 ! Et puis soyons fous : atteindre l’objectif rêvé : 1 000 ventes.

Nous promettons tout de même de trouver un moyen de réduire nos coût d’impression, peut-être chercherons-nous un papier de qualité un peu moins cher, mais c’est délicat pour nous, car la gamme Olin est la seule à proposer un blanc comme celui que nous avons. Vous avez constaté que le blanc de nos livres est une marque identitaire importante de la maison ? Ce papier extra-blanc…

L’Homme de miel, malgré nos petits moyens, parce qu’il faut le savoir, nous n’avons aucun moyen, a fait un peu de chemin. 35 coups de cœur libraire, ce n’est pas rien pour un livre sorti en pleine rentrée littéraire. À un peu plus d’un mois de la sortie, il nous faut maintenant garder le rythme, aller plus loin, et le temps est compté. Nous, ce que nous pouvons vous assurer c’est que, malgré les angoisses, notre volonté reste intacte, nous avons d’autres montagnes à soulever, et il nous arrive même de penser que, un jour, c’est la cordillère des Andes qu’on soulèvera, grâce à votre aide.

L’Homme de miel, c’est tout cela. Une belle aventure, une envie de se surpasser comme jamais, parce que nous sommes persuadés qu’en croyant très fort en une chose, elle peut arriver. Il n’y a qu’à regarder l’exemple d’Olivier.'

L’Homme de miel, c’est un petit livre très grand en réalité.

Utopie aujourd'hui, Réalité demain

Bon, sinon je cherche un investisseur ou un mécène pour développer la maison, avec l’ambition d’en faire le quatrième groupe éditorial français. Je peux aussi me contenter d’être racheté, en tout cas, ouvert à la discussion.

22141075_10156083298038912_8016266673231723117_n.jpg

L'HOMME DE MIEL carte des coups de cœur libraires !

L'HOMME DE MIEL - carte des coups de cœur libraires

 

Un livre ne peut vivre qu'avec les libraires. Merci à eux pour cet incroyable tour de France. C'est déjà pas mal de petits cœurs verts, et nous sommes conscients d'avoir beaucoup de chance. L'HOMME DE MIEL a su se faire une petite place, maintenant à nous tous, libraires, lecteurs de le faire grandir !

carteàjour.jpeg

L'HOMME DE MIEL : coup de coeur libraire, librairie le Dormeur du Val

Librairie Le Dormeur du Val (Chauny), Aline Marelli
« À lire absolument. Dans la découverte de sa maladie, Olivier nous livre un hymne à la vie, un texte pur, ce récit est une leçon de vie tout simplement, longue vie à L'Homme de miel... »

La Nuit qui n'a jamais porté le jour le 20 avril en librairie !

Nous sommes très heureux d'accueillir La Nuit qui n'a jamais porté le jour et son auteur Jorge Marchant Lazcano (traduit par Christian Roinat). Vous retrouverez ce joli petit livre le 20 avril en librairie. À la même date sera remis en vente l'un des meilleurs romans de la littérature latino-américaine : Salon de beauté de Mario Bellatin.

Paris dans les rues de Mexico.

Le premier roman du jeune mexicain Roberto Wong réussit le pari fou de nous faire parcourir Paris dans les rues de Mexico ! Roberto sera au festival Belles Latinas du 8 au 18 novembre 2017.

Nouveau coup de coeur pour 11 ans !

Voici le coup de coeur de Martin Knosp de la librairie Brouillon de Culture à Caen :

« Face à l'absurdité de la vie en société, la solution réside t-elle dans le suicide ? Un texte sobre et tout en retenue sur ce que peut représenter le passage à l'âge adulte pour un enfant. »

16710262_10211740170117710_907091552_o.jpg

Les libraires aiment 11 ans !

photolivre1.jpg

Librairie Bookstore, Aurélia Barrera
« Il a onze ans. Il veut mourir. À première vue cela nous effraie, à portée de main il a ce cahier. Onze ans, cet âge entre l'enfance et l'adolescence. Pré adolescents... Prêt à tout ? Cet âge où l'on prend encore plus conscience du monde qui nous entoure. Il écrit. Et l'auteur de nous offrir un texte non sans rappeler la force d'une petite barbare et d'une maladroite des rentrées passées. Ne soyez pas effrayés. Ce petit texte ne l'est que par sa brièveté . Ne passez pas à côté de ce narrateur en herbe, que la détresse et la détermination rendent tendrement mature. Il suffit parfois de décrocher une plume pour rester accroché à la vie. »

 Librairie Au Vent des Mots (Lorient), Caroline Le Gal
« Pour son premier roman, Jean-Baptiste Aubert nous offre un livre poignant sur un sujet assez grave : le suicide chez les adolescents. Sans misérabilisme, nous suivons page après page la douleur de Kévin, qui à 11 ans, veut mourir. Ce livre doit être lu avec délicatesse et pudeur pour apprécier l’écriture si ciselée de l’auteur.
Nous entrons par la petite porte en découvrant le journal de Kévin… et nous ne voulons pas croire qu’à 11 ans, un adolescent veuille mettre fin à ses jours… Après la dernière ligne de ce livre, nous souffrons en silence de ce mal-être… 
Un récit nécessaire sur la douleur de vivre, la douleur de grandir, la peur du lendemain et de nos destins. Le sens de la vie prend tout son sens en lisant 11 ans de Jean-Baptiste Aubert. »

Cultura (Chambray-les-Tours), David Goulois
« Lu en une soirée, plongé en apnée dans ce très beau récit âpre par moment, mais à la démarche salutaire, sur un sujet peu abordé dans les médias. Sans misérabilisme, la voix du narrateur, celle d'un enfant chahuté par la vie et mal dans sa peau, nous délivre un discours touchant. Un texte sobre et émouvant. »

Le blog de Yv, Yves Mabon
« L'écriture de Jean-Baptiste Aubert est fine, sensible, délicate, de celles qu'on aime à lire, qui disent beaucoup simplement, sans artifice. Elle va au plus profond des êtres et de leurs questionnements. »

Festival actOral - Librairie Histoire de l'œil - Marseille

Dans le cadre du festival actOral, deux auteurs de la maison et moi-même avons été invités samedi 8 octobre à la librairie Histoire de l'oeil. C'est ainsi que Michaël Uras (Nos souvenirs flottent dans une mare poisseuse) nous est venu du nord-est et Espedite (Les aliénés) de sa Corse d'adoption pour nous parler et surtout lire des extraits de leur roman. Après leur passage devant l'assemblée, j'ai dû présenter, le trac au ventre, et donc un peu vaguement (vous voyez quand vos tremblements sont si violents que vos mots sortent tremblotants de votre bouche, j'étais dans cet état) la maison. Mais l'épreuve passée, la pression est retombée et nous avons pu échanger avec l'assistance. C'était un chouette moment et je tiens à remercier Hubert Colas, son équipe, ainsi que Nadia qui nous a fait l'honneur de nous accueillir dans sa belle librairie, sans oublier ses voisins qui ont assuré, involontairement, mais opportunément, l'accompagnement musical des lectures. C'est bien de voir qu'on peut intéresser de gens, d'être mis en lumière de la sorte et d'être aussi bien accueilli.

 

 

 

Un nouveau livre pour la rentrée !

Dans un coin de ma tête, une envie me tourmente depuis toujours : atteindre le livre parfait que je ne saurais vraiment définir. C'est étrange, car c'est confus et en même temps absolument clair. Lorsque j'ai commencé mon métier d'éditeur, je ne connaissais rien au livre, à sa fabrication, le papier, tout ce qui fait qu'un livre est de très similaire à très différent des autres, j'en suis arrivé à ces couvertures un peu atmosphériques. Le bleu et le blanc qui m'ont toujours accompagné, moi l'enfant d'outre-mer : le bleu du ciel, le bleu de l'océan et le blanc de la neige, le blanc des nuages. Ces petites illustrations, simples à première vue, qui habillent les couvertures constituent en réalité une certaine difficulté : il faut faire en sorte qu'elles collent au mieux à l'œuvre que renferme le livre.
La photo m'a toujours paru trop facile à coller sur une couverture, une facilité qui souvent dépersonnalise le livre, le rendant trop transparent. Surtout, je voulais créer une identité, que la maison se démarque avec charte graphique éminemment distincte. Je voulais une identité visuelle forte. Je voulais créer une marque. 
J'aurais aimé que les tranches soient bleues, mais cela étant beaucoup trop cher, et après que je me suis rendu compte que l'idée d'imprimer le texte sur des pages bleues n'était pas excellente (car ce n'est pas très beau du texte noir sur un papier bleu), une page bleue s'est naturellement glissée juste après la première de couverture, de sorte que lorsque le livre est fermé, on peut distinguer un liseré bleu, réhaussant la sobriété et la finesse du livre.
Cette idée d'atteindre le livre parfait revenant un peu trop, j'ai décidé de la calmer un peu : dorénavant tous les livres seront à l'image de la petite maquette que vous voyez : une couverture blanche totalement épurée, où l'on ne retrouve que le point bleu sur le dos et le code-barre sur la quatrième de couverture, seule marque identitaire du livre. Le papier utilisé reste le même. Il s'agit du Olin rough pur blanc 300 grammes. Une couverture totalement épurée pour vous laisser l'opportunité d'illustrer vous-même votre livre et d'en faire un objet unique. Le touché du Olin rough n'est pas sans rappeler celui du fameux papier Canson. Curieusement, j'ai toujours eu beaucoup de mal à écrire dans un livre : l'annoter, surligner des passages, souligner des phrases, en revanche l'idée de pouvoir écrire sur la couverture m'a toujours enchanté. Il n'y a rien de plus jouissif pour moi que prendre un crayon de papier et écrire sur une page immaculée. Bientôt, je pourrai le faire, mais je pourrai aussi laisser ces livres tranquilles comme des porcelaines sur des étagères. Imaginez une collection de livres blancs avec le petit point bleu sur le dos, le petit point bleu comme une lueur d'espoir.
Une jaquette recouvrira le livre, on y retrouvera tout ce qui caractérise les livres de la maison, la petite illustration bleue sur un papier Olin regular pur blanc 200 grammes. Vous aurez la liberté de la garder ou de l'enlever et si vous êtes pris d'un élan artistique (ça peut arriver), d'y écrire et dessiner. En fait tout a glissé sur la jaquette. Autre nouvelle : les livres seront désormais imprimés en France. Je tiens à remercier tous ceux qui font que cette maison existe : Marylin Cayrac (maquette), Simon Holzman(graphisme), Edith Noublanche (correction, ♥), Guillermo A. De La Torre (mon bras droit. Nos yeux peuvent aussi bien s'illuminer d'espoir que peiner à s'ouvrir tant tout semble parfois si lourd et impossible), Michel Kineider (ami bienfaiteur depuis que j'ai 17 ans).
Le premier roman de Roberto Wong (je vous en parlerai bientôt) inaugurera cette nouveauté. J'espère qu'elle vous séduira autant qu'elle m'excite. Vous n'imaginez pas comme j'ai hâte d'avoir le nouveau livre Christophe Lucquin Éditeur entre les mains !
(parce que l'enthousiasme, ça doit se partager) 
J'avoue quand même que j'appréhende, j'espère que ce sera beau et surtout j'espère que vous aimerez.

L'ange gardien de Montevideo

Cet été on vous propose de (re)découvrir quelques titres de notre catalogue. Ici, il s'agit de L'ANGE GARDIEN DE MONTEVIDEO, c'est le premier roman (un peu déjanté) de l'auteur uruguayen Felipe Polleri. J'ai connu Montevideo à l'occasion d'un séjour en Argentine, et je suis tombé amoureux de l'ambiance particulière qui règne dans cette ville, si calme comparée à l'infernale Buenos Aires, si provinciale et si belle, comme retirée du monde dans la baie du grand fleuve d'argent. Lorsque Felipe m'a dit qu'il était d'accord pour que je le publie, mon cœur s'est emballé. Je me suis lancé dans la traduction de « Los sillones marchitos », titre original, et « L'ange gardien de Montevideo » est né. 

Néstor est le gardien d'un immeuble de Montevideo, les habitants se moquent de lui car il est un peu idiot, mais ce qu'ils ne savent pas, contrairement à vous qui allez lire le livre, c'est qu'il est secrètement un ange, né de la douleur du monde pour souffrir et être puni. 
Cette critique sociale un peu folle constitue une belle introduction au travail de Felipe Polleri.

« Il est temps de noter dans ce dossier que je vis dans une ville au bord d'un fleuve ; comme le squelette d'une vache qui serait morte de soif avant d'arriver ou bien morte empoisonnée dès la première gorgée. »

Vous pouvez lire quelques recensions et extraits ici : http://www.christophelucquinediteur.fr/lange-gardien-de-mo…/

13501639_1366328883383727_2724671278636325027_n.jpg

Il y a cent ans... Isaac Rosenberg

Il y a cent ans Isaac Rosenberg, peintre et poète britannique, combattait sur le front de l’Ouest. 
Dans les tranchées, il écrivait des poèmes.

Dans son livre UN VOYAGE À ARRAS : VIE ET MORT D’ISAAC ROSENBERG, Shaun levin évoque la vie et la mort du poète qui a laissé derrière lui ce que l’Angleterre a produit de plus singulier et de plus visionnaire de toute la Première Guerre mondiale.

« Tout en rentrant du camp, tout en marchant vers les tranchées le corps lourd de fatigue, indifférent à sa survie, Rosenberg n’avait envie que de trouver le repos et de dormir. Ou de mourir. Ce qui lui viendrait en premier. Ils marchaient dans le noir sur le chemin, sur le sentier qui les reconduirait dans les tranchées quand la semaine serait finie. Pour l’heure, le feu avait cessé, pas de mortier, pas de tir d’artillerie, pas de cris d’hommes blessés, seulement le pl-plif, pl-plouf le long du chemin, des hommes en file indienne comme des zombies, les vêtements mouillés, les besaces plus légères. Ce que Rosenberg avait avec lui : deux cigarettes, un mouchoir, un recueil de poèmes de John Donne, un billet de 5 £, l’emballage d’une barre de chocolat, un carnet, des souvenirs de son séjour sur l’île de Wight avec Bomberg, une lettre de Sonia, du sel, une lettre d’Eddie, des chaussettes neuves. Plus que vingt minutes et ils seront arrivés. Il ôte son casque et l’air du soir lui rafraîchit la tête, comme une calotte de glace. C’est le mois d’août en France et déjà l’on se sent comme en hiver. La boue a durci autour des semelles de ses chaussures, de l’argile dure toute hérissée de grains de blé qui viennent des champs en sortie de village. Les agriculteurs français travaillaient toujours leurs terres, comme si les champs de bataille à l’autre bout du village n’avaient aucune existence. »

Point du jour dans les tranchées (Break of Day in the Trenches)

L’ombre s’émiette —
C’est à nouveau comme un jour du temps des Druides.
Seule créature vivante, un étrange et sardonique rat
Évite ma main d’un bond,
Tandis que je cueille le coquelicot du parapet
Pour le glisser à mon oreille.
Curieux rat, ils te fusilleraient s’ils connaissaient
Tes sympathies cosmopolites.
Tu viens de toucher cette main anglaise
Et tu feras de même pour une allemande,
Bientôt sans doute, si ton plaisir commande
De traverser la prairie assoupie entre eux et nous.
On dirait bien, étrange créature, que tu ricanes quand tu dépasses Ces yeux vifs, ces beaux membres, ces hautains athlètes,
Que la vie a moins gâtés que toi,
Tous voués aux caprices du meurtre,
Vautrés dans les entrailles de la terre,
Dans les champs déchirés de France.
Que vois-tu dans nos yeux
Quand le fer et la flamme hurlent,
En traversant le ciel paisible ?
Quel frisson, quel cœur frappé d’horreur ?
Les coquelicots qui poussent dans les veines des hommes Tombent toujours et encore,
Mais à mon oreille le mien est sauf,
La poussière le blanchit à peine.
IMG_4401.jpg

La librairie Bookstore de Biarritz aime « Rien n'est crucial » !

« Décidément, l'Espagne nous offre régulièrement des textes surprenants, innovants, une autre manière d'écrire et de lire. C'est vrai, rien n'est crucial, surtout à Mondelaid, et ce conte moderne de nous inviter dans une narration atypique à des tranches de vies tendres ou violentes pour croquer ces deux êtres auxquels on s'attache au fil des pages. On pourrait dire bien des choses et se lancer dans une analyse interminable mais au fond l'essentiel n'est-il pas d'ouvrir ce roman pour s'y laisser attraper ? Bonne lecture ! »

Le livre a paru le 14 avril et a besoin de vous pour exister ! Découvrez-le, parlez-en !

Les nymphes sourient aussi parfois et Phénix sur Paludes

Facebook joue parfois des tours. Cet après-midi, en explorant plus en détails la messagerie, je suis tombé sur la rubrique "filtrés", à l'intérieur, des messages plus ou moins anciens dont je ne connaissais pas l'existence, puisque je ne savais pas qu'il existait des messages considérés comme indésirables, c'est ce que j'en déduis par "filtrés". Et donc, des encouragements (merci à ceux dont les encouragements sont restés sans réponse, je suis désolé), et deux autres messages, de la même personne (elle se reconnaîtra) qui me fait part de sa lecture de deux romans de la maison : celui de Raymond Penblanc, Phénix, publié en mai dernier, je me rends compte que cela fait un an que ce puissant roman est sorti, et celui de Ana Clavel, Les nymphes sourient aussi parfois, paru quatre mois plus tôt. Et quelles lectures ! La personne qui se reconnaîtra réussit à parler de ces deux livres d'une manière intelligente, creusée et passionnée pendant onze minutes et cinquante trois secondes. Moi, ça m'épate, peut-être parce que je ne suis pas un grand communicant, surtout parce que l'oral n'a jamais vraiment été ma tasse de thé, forcément quand on a peur du regard des autres et que le que vont-ils penser vous assaille et vous pétrifie... Je ne vois pas ce que je peux ajouter de plus à ce qui est dit, et bien dit, dans ces deux belles recensions. Juste, peut-être, qu'elles m'ont fait un bien fou, je suis fier d'avoir publié ces deux textes qui méritent vraiment qu'on s'y attarde un peu.

Vous pouvez écouter la chronique du roman d'Ana Clavel ici, celle de Phénix ici et ensuite courir chez votre libraire pour le commander un peu partout là :

 

 

Antoni Casas Ros prend la parole suite à la chronique de Christine Angot dans Libération

En écrivant dans Libération que Christophe Lucquin a « une petite maison d’édition, qui publie des textes à caractère essenstiellement pédophile », madame Angot salit non seulement un éditeur, mais y associe la majeure partie de ses auteurs.

Soyons clair, il n’y a pas la moindre évidence d’un texte pédophile dans les quarante livres publiés par Christophe Lucquin, mais au contraire l’affirmation d’une vision éditoriale de grande qualité. Un certain nombres de ses auteurs étrangers latino-américains ou espagnols, jouissent d’une réputation internationale et sont publiés par de grandes maisons comme Gallimard, Alfaguara, Seix Barral, Tusquets, etc. Des auteurs aussi importants que Mario Bellatin, Ana Clavel, Roque Larraquy, Felipe Becera Calderón, Pablo Gutiérrez, Felipe Polleri, qui renouvellent la littérature dans leurs pays d’origine et obtiennent de prestigieux prix littéraires, se voient ainsi taxés de produire des écrits pédophiles.
Christophe Lucquin est aussi un découvreur de talents. Il a publié les premiers romans ou les romans remarqués de Michael Uras, Laurent Audret, Amélie Lucas-Gary, Philippe Vourch, Emilio Sciarrino, Rémi Giordano, Erwan Gabory, Raymond Penblanc, Derek Munn, Benjamin Berton, Espedite ou Philippe Roi.

Le seul livre qui pourrait prêter à confusion en raison de son titre, Des enfants, de Laurent Audret, est un conte cruel à la manière de Grimm ou de Perrault et personne ne songe à s’offusquer des abysses où nous conduit Barbe-Bleue. Le texte qui se rapprocherait le plus de Des enfants, est sans doute A modest proposal, écrit par Jonathan Swift en 1729 et dans lequel il proposait simplement d’élever et de manger des enfants pour réduire la famine en Irlande. Personne n’a pensé accuser Swift de cannibalisme. Des enfants a d’ailleurs fait l’objet d’une recension favorable dans Libération, où le critique n’y a pas vu d’allusion pédophile. Une œuvre doit être considérée dans son entier, en extraire un personnage ou quelques lignes suffirait à faire condamner la plupart des romans publiés aujourd’hui.
Joyce Carol Oates ne craint pas de décrire un pédophile et ses actes dans Dady’s Love qui vint de sortir chez Philippe Rey ; elle est pourtant nobélisable et ne craint pas de voyager dans l’âme de ses personnages. L’Effrayable, d’Andréas Becker plonge lui aussi dans un univers très sombre, viols, folie et meurtres filtrés par une langue iconoclaste, et c’est un très beau texte. Pour ne citer que deux exemples contemporains.

Je m’inquiète du retour d’un moralisme qui fait retirer des visas d’exploitation à des films audacieux, décrocher des toiles de galeries d’art et, bientôt sans doute, revenir à la censure des livres. L’écrivain peut et doit investiguer tous les aspects de la vie humaine, se glisser dans toutes les formes et toutes les situations, provoquer son temps par ses audaces et conduire à une réflexion profonde sur les nouvelles formes de littérature sans avoir à subir le joug des censeurs sous peine de revenir à des régimes totalitaires qui annihilent toute créativité. On brûle encore des livres, des écrivains sont menacés de mort, la frilosité est de mise, l’autocensure s’instaure progressivement, alors évitons les amalgames infondés et préservons l’absolue liberté de l’artiste.

Je rends hommage à un éditeur courageux qui publie de la littérature audacieuse. Soutenons Christophe Lucquin en découvrant ses livres, par exemple celui de Pablo Gutiérrez, Rien n’est crucial, sorti hier.

Antoni Casas Ros

chronique de Christine Angot dans Libération
droit de réponse de Christophe Lucquin dans Libération