Être petit éditeur c'est se faire enfoncer des clous dans le coeur.

Nous n’avons que notre endurance et notre esprit pas raisonnable du tout pour tenir debout. Nous sommes aidés par quelques-uns, moqués par certains, parce qu’on n’a pas l’air sérieux, qu’on se plaint. Des collaborateurs essentiels, souvent, ne nous écoutent même pas, il faut imaginer ce que c’est d’être petit, frustré, de se heurter aux murs dressés par ceux qui ont le pouvoir d’anéantir les petits pour tout ramener à eux, fiers, applaudis. Tristes de voir que même ceux qui disent défendre les petits jouent en leur défaveur dans leurs pratiques, leur absence d’écoute, ou leur considération hiérarchisée. C’est malheureux mais c’est comme ça. Certains essaient et gagnent jusqu’au pouvoir de vie ou de mort sur d’autres, celui de juger si celui-là ou un autre peut sortir son épingle du jeu, en l’incluant dans le sien, en le léchant pour lui laisser encore son allure d’avant et voir son reflet de vainqueur dedans, on a de beaux discours, surtout on a les moyens.
Être petit ça correspond à quoi dans la réalité du monde du livre aujourd’hui ? Beaucoup d'inquiétude, des complaintes, de temps en temps, qu’on n’entend pas.
Il y a tous ces gens, ces gens désespérés, qui n’écoutent rien, ne font attention à rien et envoie par dizaine et par jour des textes d’une fadeur d’une fadeur, comme si nous étions le miracle dans la poubelle des histoires. 
On n’est pas pris au sérieux, on perd des auteurs, on se perd nous-mêmes dans cet entêtement, certains pensent, ils devraient arrêter Lucquin, il n’arrive à rien, qu’il se fasse une raison, s’il n’y arrive pas, c’est qu’il n’est pas crédible, pas sérieux, « l’édition c’est un métier, vous savez, Christophe vous n’êtes pas fait pour l’édition », sauf que j’aime faire des livres, j’aime découvrir des textes, leur donner vie, les partager, mais sans les moyens, on ne va pas loin, et quand on arrive à mobiliser un peu d’attention sur nous, le reste de suit pas, quand tous les impliqués dans l’histoire ne jouent pas le jeu, c’est l’illusion pour seul espoir, pourtant il y avait tout ou presque, il ne manqua que d’argent pour pousser pousser, transformer l’étincelle du briquet en éclair d'orage d’été bourguignon. Ils n’ont rien, juste l’envie de faire, d’aller plus loin, de montrer qu’ils existent, qu’on les prenne au sérieux, qu’ils ne font pas de la littérature inférieure. En fait, c’est triste d’être éditeur, frustrant, tellement parfois que ça nous ôte l’envie de lire.
On nous a dit récemment que Christophe Lucquin Éditeur, c’était comme un bon parfum, l’intention était bonne, mais on a envie de dire : un parfum si rare alors qu’on n’ose pas l’acheter, on le respire ça sent bon, mais le blanc des livres, cette blancheur à tomber raide sur le marbre on laisse tout cela aux autres, à la littérature.
Être petit éditeur c’est se faire enfoncer des clous dans le coeur.

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