Il faut être têtu, l'espoir est toujours là.

Depuis octobre 2013, j'ai publié vingt-deux livres, j'ai connu trois diffuseurs, un mauvais, un meilleur (qui a disparu), et le dernier dans lequel j’avais fondé beaucoup d’espoir (espoir déçu). Il faut regarder devant, demain tout sera plus clair, forcément, et plein d'aventures. Je pense à ces grandes aventures qu'auraient pu être - qu'auraient dû être - certains livres publiés entre octobre 2013 et aujourd'hui. Il est clair que beaucoup d'entre eux méritent beaucoup plus que ce qu'ils ont à peine eu, mais ce n'est pas facile pour un petit de faire connaître ses livres, ça on le sait. Mon combat n'a rien de mauvais, puisqu'il est relativement noble, même si relativement superflu : publier des livres, c'est-à-dire, faire vivre des textes qui selon moi doivent exister sous forme de livres pour être proposés au plus grand nombre (c'est là que ça pêche), donc rassurer leurs auteurs qui eux aussi espèrent que leurs écrits n'ont pas été écrits pour rien. Voilà au moins un point positif de mon action : pendant quelques instants, je suis à l'origine de la joie d'un auteur quand il apprend que j'ai aimé son texte et que je veux le publier, car, par la suite, à cause de ma trop petite visibilité due à ma trop petite force de frappe, due à mes diffusions trop imparfaites et à mon ambition d'être un acteur du monde éditorial peut-être un peu trop utopique (j'aimerais que mes livres soient lus ! Mes auteurs seraient heureux, au lieu de finir par bouder et penser que je n'ai pas assez fait et moi d'avoir les épaules lourdes) c'est la déception qui le gagne. Et ces textes qui n'ont pas percé, parce que je suis trop petit et que j'ai eu des soucis de petits, méritaient d'exister. J'aurais tant aimé que certains auteurs n'oublient pas que l'éditeur et l'auteur sont dans le même bateau, qu'un éditeur comme moi ne mérite pas d'être autant culpabilisé (mais c'est vrai qu'être petit éditeur c'est se faire enfoncer des clous dans le coeur), car il n'a malheureusement pas les rênes, il essaie simplement de s'accrocher à ces monstres emballés qui écrasent tout sur leur passage, avec ses petites griffes, en attendant d'avoir une meilleure monture. Ça viendra, ou pas, pourtant j'ai l'impression que tout cela a du sens, je suis têtu, mais pas en vain, autrement il n'y aurait pas eu certains petits succès, il n'y aurait pas eu ces quelques marques d'intérêt, ces petites reconnaissances. J’aimerais essayer de continuer à essayer de prouver que je ne suis pas là pour rien, que je ne suis pas que le petit éditeur qui n'aurait pas la taille d'un vrai éditeur - a écrit un méchant quelqu'un il y a quelque temps, ont pu penser des vilains qui pensent en raccourci, qui oublient qu'avant de parler, il faut avoir une certaine humanité, et que c'est quand on a une humanité qu'on est capable d'appréhender les choses, la vie, les soucis du monde, au lieu de sortir idiotement que le Lucquin il nous emmerde avec ses jérémiades - peu importe ces frustrés du sentiment, il faut aller de l'avant et continuer la quête de la sincérité. Être différent exclut, je le sais, mais ce n'est pas demain que j'essaierai d'entrer dans le monde mielleux des courbettes, des sourires faux, je souhaite simplement qu'on me laisse tranquille, et qu'on s'intéresse à mes livres, sans ragots.

Je me dis que, un jour, j’aurai les moyens de prouver aux gens que la maison est belle, ils verront qu’elle a une âme, qu’elle a des tripes. Elle est là toujours, il est quand même beau le bricolage, non ? Imaginez si nous avions quelques moyens, imaginez ce que nous ferions si nous avions quelques moyens. Il faut être têtu, l’espoir est toujours là. Je fais le vœu de trouver un investisseur, un mécène, une maison qui nous prenne sous son aile, des épaules, des libraires amis, des lecteurs, plus d’énergie encore pour continuer d’essayer de ne pas laisser filer l'espoir.

Devant moi, il y a l'horizon bleu, derrière moi, l'abîme. Je suis dans un tourbillon qui balaye la ligne de crête séparant ces deux mondes. C'est exaltant, c'est effrayant, j'ai la tête qui tourne, il y a des vagues et beaucoup de vent qui me fouettent le visage et le caressent aussi parfois. C'est ça ce que je ressens. Je tourbillonne.

Bonnes fêtes !