Christophe Lucquin Éditeur sur Kroniques.com, le blog d'Amandine Glévarec

Amandine Glévarec a lancé kroniques.com, blog où elle partage avec nous son enthousiasme pour le monde du livre et toute sa passion pour la littérature. Après avoir inauguré sa nouvelle série consacrée aux maisons d'édition avec David Meulemans, l'éditeur de la maison Aux forges de Vulcain, elle m'a contacté il y a quelques jours. J'ai accepté de répondre à ses questions. Voici l'entretien :

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« [Interview] Comment (se faire) publier : Christophe Lucquin Éditeur. Un grand merci à Christophe qui ne nous cache rien, ni les difficultés, ni les problématiques liées à la diffusion/distribution, et qui surtout - malgré tout - reste passionné par son métier, par les mots et par la littérature. Une belle maison à découvrir de toute urgence si vous ne la connaissez pas encore ! »

Amandine Glévarec – Cher Christophe, quel cursus as-tu suivi ?

Christophe Lucquin – J’ai commencé en droit, que j’ai abandonné pour les langues et l’anthropologie. Ce n’est pas que le droit ne m’intéressait pas, mais au bout de quelques semaines de cours, je me suis posé la question « est-ce que tu te vois vraiment poursuivre dans ce domaine ? » et ma réponse a été « non ». Les langues, c’était par facilité, parce qu’après 35 heures de cours par semaine en droit, les 16 heures en langues c’étaient les vacances à côté. Je crois que je n’ai jamais étudié ce que j’aurais réellement aimé étudier. Enfin, j’ai délaissé l’anthropologie que je faisais en parallèle, car mes études de langues m’ont mené à Madrid (en réalité, c’est une histoire de cœur qui m’a fait partir), où je suis resté trois ans.

A. G. – Comment es-tu entré chez Métailié ?

C. L. – Quand je suis arrivé de Madrid, j’ai d’abord trouvé un poste de rédacteur dans un magazine spécialisé : Hot Vidéo. J’ai démissionné au bout de quatre mois. Au début, je pensais que ce serait une expérience un peu cocasse, puis j’ai commencé à éprouver beaucoup d’ennui, l’ambiance n’était pas terrible, les collègues un peu trop excités de base. Quatre mois c’est peu de temps, mais j’ai pu me rendre compte que le sexe brassait beaucoup d’argent. C’était aussi tellement une caricature : par exemple, le patron passait deux semaines par mois à Los Angeles. Dans les locaux du magazine, il était toujours en chemise hawaïenne et marchait pieds nus. Nous étions à la Plaine Saint-Denis, sur un grand boulevard, c’était très gris par là-bas, mais au dernier étage du petit immeuble neuf qui abritait le magazine, au-delà du fouillis des routes et de toute cette zone grise, il y avait une très belle vue sur le Sacré-Cœur. Ce n’était pas la vue à laquelle le touriste est habitué, c’était le Sacré-Cœur de dos. Ce fut la seule chose agréable de cette expérience.

Je me suis donc remis à chercher un job, parce que le RSA, contrairement à ce que certains pensent, n’est pas très confortable. Je n’avais pas droit au chômage, puisque j’avais démissionné. Je me souviens avoir envoyé une candidature spontanée aux éditions Métailié. Pourquoi ? je n’en sais rien, peut-être ai-je pensé tiens une maison spécialisée en littérature latino-américaine, il y a sûrement un peu de cela. Un jour, je reçois un appel des éditions Métailié, je suis convié à un entretien. J’arrive 5, rue de Savoie (l’ancienne adresse). Je vois cette jolie femme d’un certain âge, elle m’impressionne un peu, je dois dire, Anne-Marie Métailié, c’est un personnage, alors quand vous vous retrouvez en tête à tête avec elle, pour la première fois, c’est déstabilisant, surtout pour moi qui, même si je ne connaissais pas grand-chose au monde de l’édition, savais ce qu’elle représentait. Et donc, Anne-Marie Métailié me confie que c’est la lettre que je lui ai écrite qui a retenu son attention. Au bout de quelques minutes, on se dit au revoir, elle me dit qu’elle va me recontacter bientôt, ce qu’elle fait quelques jours plus tard. Au téléphone, elle me dit « vous vous rendez compte que j’ai vu des filles qui ont des cursus d’édition et que j’ai envie de parier sur vous ? » Je lui réponds que oui je m’en rends compte, et que je ferai de mon mieux. C’est ainsi que je deviens son assistant.

A. G. – Qu’y apprends-tu du métier d’éditeur ?

C. L. – C’est aux éditions Métailié que j’ai appris les ficelles et les dessous de l’édition. J’ai compris que c’était une chaîne énorme et lourde, qui tourne, certes, mais avec des défaillances. J’ai appris qu’il y avait plusieurs acteurs dans cette chaîne, que beaucoup méconnaissent : il y a l’éditeur, mais il y a aussi l’importance toute première du diffuseur et de son équipe commerciale qui parcourt le territoire pour présenter les ouvrages de leurs éditeurs. J’ai compris ce que représentait un livre, le travail qu’il y a autour, le travail de l’éditeur, d’accompagnement qu’il fait et, surtout, j’ai compris que publier un livre, c’est comme jouer au jeu. C’est investir de l’argent, beaucoup d’argent, c’est prendre des risques pour des retombées limitées, voire nulles. Bien sûr, c’est investir de l’énergie, beaucoup d’énergie, et beaucoup de temps. J’ai fait la connaissance d’auteurs, c’était la première fois que je parlais à des auteurs. Avec certains, j’ai pu garder des liens. J’ai appris tout ce qui était derrière, tout ce qu’on ne sait pas forcément, et donc, j’ai compris que ce n’était pas facile et qu’une maison ne peut exister sans des gens passionnés.

Aussi, j’ai appris qu’une maison indépendante pouvait être achetée par un groupe : c’était l’époque où les éditions Métailié étaient secrètement en vente. J’ai appris qu’une maison d’édition c’était une entreprise.

A. G. – Fin 2010, tu lances ta propre maison d’édition, qui porte ton nom. Dans quelles circonstances as-tu décidé de te lancer ? Quel bagage (connaissance du milieu, assurances financières, compétences) avais-tu ? Cela engendre des questionnements, par exemple la distribution, le placement en librairie, et bien sûr la visibilité dans la presse…

Je vous invite à lire la suite sur kroniques.com