Julien Thèves nous parle du roman de Neige Sinno qui a paru aujourd'hui

Le livre de Neige Sinno m’a beaucoup plu.

L’action commence comme ça : il y a des prénoms, et un camion, des relations entre les êtres.

Ils sont jeunes, c’est Marseille, c’est la Méditerranée, et c’est le camion perché au-dessus de l’eau.

Le camion ne bouge pas, vient qui veut, c’est comme dans la chanson : c’est une maison bleue / ceux qui vivent là / ont jeté la clé.

Je ne sais plus de quelle couleur est le camion.

Le camion, c’est le lieu de tous les possibles : les voyages, l’amitié, l’amour.

On partira en camion vers l’Afrique ou vers l’Asie, on passe des nuits au bord du camion à faire des barbecues il me semble, à discuter et à fumer des joints entre amis. Et puis parfois on fait l’amour dans le camion, deuxième maison, seconde peau, personnage très puissant de ce livre.

Le camion, on le rêve, on ne sait s’il existe vraiment.

Il existe pourtant, mais on le perd. Il n’ira jamais bien loin, et la vie emporte les êtres, les amis : Mathieu, Amanda, Jérôme, Pierre-Olivier, Leïla et les autres...

À cause d’un accident, tout bête, un soir de pleine lune il me semble.

L’action se casse, le gris arrive.

Le camion, lui, va très bien.

Ce sont les personnages qui se perdent en route. Et parfois se retrouvent, à la fin du livre. A l’image de nos bandes d’amis, si liées dans la jeunesse, puis éclatées, dispersées. Et puis il y a des amis qui meurent, aussi. C’est à ça que ce livre m’a fait penser.

Ce qui est beau dans Le Camion, c’est l’écriture de Neige Sinno, une note juste, une voix sensible, qui court tout au long du livre et vous entraîne, une langue très belle, à la fois simple et précise, à la grande poésie.

Le Camion, c’est un portrait de Marseille, et de la France actuelle.

C’est un livre très libre, audacieux dans sa construction, à la forme singulière, une proposition littéraire et poétique qui nous donne envie de lire encore les mots de Neige Sinno.

Et puis, sinon, intituler un livre Le Camion, il fallait oser ! (poke Marguerite Duras, réalisatrice du film Le Camion en 1977, année de naissance de Neige Sinno... alors ce n’est peut-être pas tout à fait un hasard ?)

Je n’ai pas vu Le Camion, film de Marguerite Duras, ou alors des bouts peut-être il y a longtemps, mais entendre ce titre - Le Camion -, avant de lire le livre, me fait immédiatement penser à Duras. Désormais, Le Camion c’est aussi un livre de Neige Sinno. Et étrangement – encore une coïncidence ? -  le synopsis du film tel que décrit par Wikipédia correspond parfaitement, il me semble, au projet du livre : un film (...) dont l’effet est de repousser le scénario vers une zone frontalière floue située entre la réalité et l’épiphénomène. Le Camion, le livre, fonctionne exactement comme ça : on est dans une histoire, et parfois on n’y est plus, on est dans autre chose, et puis ensuite l’histoire revient, comme un épiphénomène de toutes les histoires, comme un épiphénomène du livre entier.

C’est extrêmement intéressant.

On attend avec impatience le prochain livre, en préparation je crois...

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