Comment j'ai couché avec Roger Federer ?

« C’est avec trop de facilité, hélas, qu’on se laisse bercer par les gens qu’on a le malheur d’aimer. »


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Roger Federer reçoit le livre lors de la Conférence de presse du premier tour de Roland-Garros 2012.


Collection Fantasmes
Sortie en mai 2012
64 pages 10,00 € | ISBN 978-2-36626-000-7


A propos de l'auteur


 

Ils en parlent

  • Mediapart, Christine Marcandier, 13 août 2012
    Comment j’ai couché avec Roger Federer ? est un premier roman au titre volontairement provocateur, ouvert, via l’interrogative, dans le suspens du fantasme. Le narrateur est en proie à une dépression qu’il nomme mélancolie sévère. Une amie lui propose de l’accompagner à un match à Roland-Garros. « Arrivé au stade, je l’ai vu ». Révélation. Fixation sensuelle, plus que pornographique, sur sa beauté, ses bonds de tigre, « son regard noir », « sa masculinité, élégante, douce », les langues qu’il pratique, son palmarès, bien sûr, et surtout « ses jambes, élancées, musclées ».
    Fantasmer sur Federer, c’est oublier la mélancolie pour entrer dans le vague des passions, tenter de comprendre « où se niche sa volonté », apprendre de lui « ce qui me fait défaut ». C’est aussi le manque tant que le joueur demeure une image lointaine, sans odeur. Le narrateur est « vampirisé » par une image, devient sa « chose ». Il parvient à l’approcher au prétexte d’un autographe, lui dit écrire un livre sur lui, lui donne un numéro de téléphone. Et Federer appelle. Ils se rencontrent dans la suite londonienne du joueur.
    Ce très court texte (une cinquantaine de pages) se déroule comme un match de tennis. À la fin, « Jeu, set et match, Roger Federer », évidemment. Publié dans la collection “Fantasmes” des éditions Christophe Lucquin, son objet est le désir. Le fantasme, dans son sens étymologique, de construction imaginaire, mécanisme d’invention, production d’un récit…, ou fantôme, spectre, ce qu’est justement « Rodgeur Fédérère » chez Arno Bertina pour un Je suis une aventure, qui ne se déroule pas dans le cadre intime et feutré d’un hôtel.
  • Figaro blog, Retours sur ligne, Cécile Soler, 28 mai 2012
    Qui a couché avec Roger Federer ?
    L’histoire. En conférence de presse après sa victoire contre Tobias Kamke, un journaliste a offert un livre à Roger Federer. Titre de l’ouvrage : Comment j’ai couché avec Roger Federer ? Une accroche plutôt sensationnelle sous la plume de Philippe Roi dans la collection Fantasmes chez LC Christophe Lucquin éditeur.
    « J’ai entendu le titre, mais je ne sais pas ce qui est écrit dedans », a avoué l’homme aux seize Grands Chelems, partagé entre la prudence et l’amusement. Après avoir demandé au journaliste en question s’il en était l’auteur, Federer l’a remercié de son cadeau : « Je ne pense pas que je vais le lire, a reconnu le Suisse, mais quelqu’un va me raconter l’histoire. »
  • Têtu, 23 juin 2012
    « Sa meilleure amie a un billet en trop pour le tournoi de Roland-Garros. Comment refuser ? Il va suffire de deux coups droit et trois revers pour que la vie de Philippe Roi bascule. Oubliée, sa dépression! Soudain, tout s’éclaire. Parmi la myriade de stars assises au centre des gradins, l’auteur n’a plus d’yeux que pour lui. «Lui», c’est le meilleur joueur de tous les temps. Roger Federer! Gros plan. Et arrêt sur image.
    Sa tête. Ses cuisses. Ses jambes. Ses cheveux. Son regard. Sa bouche. Ses lèvres. Sa langue. Déjà, Philippe Roi est amoureux. Amoureux à en pleurer. Fin stratège, il va parvenir à décrocher un rendez-vous avec la star. Une rencontre…dans une chambre d’hôtel. Vous pensiez connaître Federer ? Vaste foutaise ! »
    Notre avis: rapide, léger. Du délire à l’état brut!
  • RTL – Les perles de Chloé, 29 mai 2012
  • Sportune.fr
    Federer objet de fantasme, prochainement en librairie
  • La Dépêche.fr
  • Le Républicain Lorrain.fr
  • Blich.ch
    Im Bett mit Roger? Pariser schreibt Buch über Fantasien mit Federer.
    In einem Buch heilt der Tennis-Star Depressionen und mutiert zum Roman-Helden.
  • Le Matin (Suisse) édition digitale et papier du 4 mai 2012
  • Paulo Queiroz, psychanalyste
    C’est quoi cette chose qu’on appelle désir ?
    La nouvelle collection dirigée par Clarisse Mérigeot chez Christophe Lucquin Éditeur s’intitule « Fantasmes ». La couleur est donnée d’emblée, le seul mot d’ordre adressé à chaque écrivain est le suivant : « Parlez-nous de vous au travers de personnalités que vous aimez ou détestez… » En bref, fantasmez ! Le premier à se plier à l’exercice dans un total respect de la consigne est le jeune auteur Philippe Roi avec son remarquable Comment j’ai couché avec Roger Federer ?
    Depuis des mois, le narrateur était égaré, paumé, déprimé, mélancolique. Perdu dans les incertitudes et tracasseries de la vie, il cherchait une direction et un sens à son existence lorsqu’une amie lui proposa d’aller voir un match de tennis à Roland-Garros. Las de se complaire dans les délices du malheur, il accepta sans hésiter. Aussitôt arrivé au stade, un miracle se produisit, il fut pris littéralement dans les filets du service de Roger : « Je n’ai plus qu’un seul point de mire, un seul joueur, Roger ». « Comment fait-il ? Où se niche sa volonté ? Lui gagne, pas moi ».
    On sait par expérience, que l’amour s’adresse à celui dont on pense qu’il connaît quelque chose de notre vérité vraie et qu’en l’aimant, on pourra enfin accéder à une vérité sur soi.
    Ce petit livre d’à peine une cinquantaine de pages en est un bel exemple. Ce qui reste dans nos têtes une fois la dernière page tournée est une extrême douceur, une beauté, une vérité. Philippe Roi nous éclaire sur cette chose qu’on appelle désir, avec l’alchimie digne des grands écrivains comme Hervé Guibert dans son inoubliable Fou de Vincent. La connexion entre écriture, désir et sexualité est ici parfaite. Le narrateur était perdu, Roger Federer va le sauver. Mais ce sauvetage ne peut se faire qu’aux prix d’une profonde exploration et d’un total consentement à l’écriture dans ses rapports entre l’imaginaire et le réel. Chaque phrase constitue des instants de pure littérature. La scène du bain, par exemple, est à mon sens l’une des plus sensuelles et poétiques. L’objet du désir devient d’une vulnérabilité extrême. « Doucement, le temps s’estompe et la vie s’installe. Roger enlève ce qu’il y a de mieux en moi ». Et plus loin : « Je regarde Roger comme on regarderait une œuvre d’art. Je m’en approche. Il est allongé sur le lit. Sa main est posée sur son nombril, il a les pieds croisés, une boucle tombe légèrement sur son front humide. Je ferme les yeux pour mieux l’entendre respirer ». N’est-ce pas une belle illustration de ce qu’on appelle sentiment océanique, plénitude, extase ou bonheur ?
    La littérature donne accès à la réalisation du désir. Sous la plume de Philippe Roi, celle-ci n’est jamais une activité confortablement bourgeoise et consensuelle, mais plutôt une expérience existentielle. Ce qui est fascinant c’est que chaque mot, chaque silence, chaque ellipse du texte sonne juste et dit vrai. « Je vois une goutte de sueur perler sous son bras. Est-il possible de conserver une goutte de sueur ? Peut-on la mettre sous verre ? Comment peut-on s’y prendre ? »
    Philippe Roi étonne non seulement par sa capacité à faire émerger le désir, mais encore par sa faculté à le transformer en littérature, il sait ô combien l’art est une forme d’évasion. Dans ce sens, il est proustien. L’auteur de La Recherche considérait que la réalité est toujours décevante par rapport aux promesses de l’imagination. Les lecteurs de Comment j’ai couché avec Roger Federer ? pourront se rendre compte que le talent peut prendre différentes formes. En fermant ce livre au titre un peu provocateur, on ne peut pas s’empêcher de se demander ce que Roger Federer lui-même, le Suisse champion mondial de tennis, a pensé d’une telle déclaration d’amour. Aura-t-il le recul et l’humour nécessaires pour apprécier et accueillir des aveux si intimes et sincères? Peu importe ! Car ce livre ne parle pas que de Roger Federer, il s’agit bien de toute autre chose. Ce qui compte, c’est que les gens lisent des beaux livres, des livres comme celui de Philippe Roi qui nous conduisent avec délicatesse dans les méandres du rêve, de l’amour et du désir.
 

Extrait

On dit souvent d’accord, comme ça, sans savoir où ça va nous mener.
Je me suis assis et j’ai longuement réfléchi. Il me fallait trouver un nouveau sens, une nouvelle direction, adopter une nouvelle forme d’existence.
C’est à ce moment que Julia m’a appelé.
— Ça te dirait d’aller voir un match cette aprèm ? M’a-t-elle demandé.
J’étais surpris :
— Un match de quoi ? J’ai dit.
— Un match de tennis !
Tout était compliqué pour moi depuis quelques mois. J’étais en arrêt depuis un moment, une vilaine dépression qui ne voulait pas partir, qui s’était installée doucement.
J’ai dit OK.
Il faut dire que Roland Garros, même quand on n’y entend rien, ça ne se refuse pas.
Le médecin m’avait dit : « ça arrive à tout le monde, ne vous inquiétez pas, prenez soin de vous.»

[…]

23 h 45.
— Tu as faim ? me demande Roger.
Je lui dis que non, que ce que j’ai me suffit amplement.
Roger lance un rire clair et gentil. Il me prend dans ses bras, tendrement. Je me retourne car je ne veux pas qu’il me voie quand je vais lui demander :
— Pourquoi moi ?
— Et pourquoi pas.
Je lui demande si je peux le laver, il dit oui et ne pose aucune question.
Je connais par cœur l’impossibilité des choses et je sais que même si c’est douloureux, on s’y fait.
Je prends la main de Roger, je le guide jusqu’à la salle de bains Je fais couler l’eau. Ses jambes n’en finissent plus de tourner dans ma tête.
Sur le rebord de la baignoire, il y a du gel douche et notre parfum.
Comment j’ai savonné Roger Federer.
Roger dit tout simplement qu’il veut un bain.
Comme toujours, je lui dis d’accord. Je veux voir l’eau progresser sur son corps.
Roger s’allonge dans la baignoire. L’eau monte et recouvre ses jambes. Je lui demande :
— Je peux laver tes cheveux ? S’il te plaît.
— D’accord.
Roger :
— Ce soir, tu prendras tout ce que tu voudras de moi.
L’ayant vu jouer, l’objet de mon désir fait preuve d’une étrange vulnérabilité à l’heure du bain.
Alors, je m’attarde, j’en profite, je caresse ses cheveux, je sens ses boucles fondre sous mes doigts.
Roger ferme les yeux et gémit. Je le rince. Après quoi je fais à nouveau couler du shampooing sur sa nuque.
— Ferme les yeux, je lui dis. Et surtout, dis-moi ce que tu vois.
— Je te vois, je vois ton corps, je vois tes mains. Caresse-moi encore, parle-moi pendant que tu le fais s’il te plait.
Roger dit des mots en allemand. Il sourit parce qu’il sait que je ne les comprends pas. Rien que par la langue, il exerce une supériorité sur moi.
Je ne le laisserai pas gagner mais je tirerai des leçons de son enseignement.
Roger se lève. Il prend une serviette, il me la tend comme si je devais m’occuper de lui, comme si c’était évident. Il se dirige vers le lit.