Comment j'ai mis un coup de boule à JoeyStarr

Paris se réveille avec une boule au ventre. Et si le calendrier Maya avait raison ? Et si la fin du monde était vraiment pour demain ?

Alors, au milieu d’une panique enflant minute après minute, on tente de s’organiser. Dans les 301 stations du métro parisien, des équipes de bénévoles régulent tant bien que mal les milliers de citoyens qui y voient le seul abri valable de la capitale. Alex, à la station Opéra, fait partie de l’équipe chargée de vérifier le contenu des sacs. Celui d’un certain JoeyStarr va bientôt poser problème.

Et si l’apocalypse n’était que le simple résultat d’un coup de boule ?


Collection Fantasmes
Sortie le 7 mars 2013
64 pages - 10,00 €
ISBN 978-2-36626-008-3


A propos de l'auteur


 
 

Extrait

Le type pose devant moi la photo encadrée d’un chien noir, de race labrador. L’animal est tellement gras qu’il peine à se tenir assis. Ses pattes avant ont l’air de deux cure-dents plantés dans une saucisse de Morteau. À côté de la photo, l’homme dispose vingt-quatre boites de préservatifs. Je lui dis que nous avons seulement prévu de quoi tenir quarante-huit heures. Qu’après ce délai, on serait fixé. Rendu à la surface, ou mort.
« Y a rien de mieux qu’un gros flip général pour tomber de la gonzesse. Vous ne savez pas ça, vous ? »
Il dit que ça équivaut à pêcher à l’explosif. Le poisson remonte à la surface par centaines sans que vous ayez à bouger le petit doigt. Après, il suffit juste de vous pencher pour ramasser.
Il rit en tapant avec la tranche de sa main sur la table à tréteaux et ajoute :
« Enfin c’est plutôt les gonzesses qui se penchent et ramassent. Si vous voyez ce que je veux dire. »
Il dit que c’est surtout pour cette raison qu’il est là. Mais que je ferais bien de la boucler si je veux avoir droit à mon petit coup d’hameçon. Il m’offre une longue main osseuse et un sourire jaune.
« Au fait, moi c’est Franck. »
Comme à chaque fois que quelqu’un prononce le mot explosif, ou bombe, ou flingue, ou détonateur, j’en informe Bernard, mon superviseur. Et avant que Franck ait pu ranger ses deux-cents quatre-vingt-huit capotes dans son sac à dos North Face, deux agents de sécurité le prennent par les bras. Ils le soulèvent. Littéralement. Le convoi se fraie un chemin à contresens de la foule et Franck hurle à plein poumon des trucs du type : « De toute façon vous allez tous crever, tous autant que vous êtes ! » et « Mais si jamais vous crevez pas, je viendrai m’occuper personnellement de vos sales gueules d’enfoirés ! »
Il suffit que vous bredouilliez un mot comme revolver ou explosion, et deux malabars s’occupent de votre cas sans attendre. Tentez un « assassinat » ou un « 11 septembre », et deux armoires à glace fendent la masse humaine agglutinée dans les couloirs sans fin pour vous ramener d’où vous venez.

La foule, qu’on imaginait au comble de la densité, se tasse encore davantage autour de nous.
La voix de JoeyStarr, cette voix profonde, caverneuse, cette voix puissante dont nous parle l’Illiade et avec laquelle Stentor, « faisait autant de bruit que cinquante hommes », la voix de JoeyStarr attire tous ces gros flippés comme le sucre les mouches.
C’est le chant d’un gourou pour un peuple en perdition.

« Regarde-moi bien petite conne, si tu crois que je vais m’enfermer dans les boyaux de Paname avec un million de péflis sans un flingue ou une lame, c’est que tu débloques sévère. »

Les mouches se collent encore un peu plus à nous, vrombissantes, acquiesçantes, lobotomisées ; JoeyStarr pourrait tous leur coller le canon d’un 9 mm dans la bouche, ils ne comprendraient toujours pas que c’est d’eux qu’il est en train de parler.
Les péflis.
« Putain mais c’est quoi ce bordel sérieux ! On se croirait à un concert de Lady Gaga, allez vas-y toi bouge putain, il me touche le cul le mec quoi. Dégage j’te dis ! »
Les agents placés à l’entrée extérieure de la station ayant pour consigne de faire descendre une centaine de personnes à chaque désengorgement de l’escalier principal, une nouvelle salve de parisiens paniqués s’agglutinent en moins d’une minute à l’essaim que nous formons déjà. Les hanches écrasées contre la table à tréteaux, je me mets sur la pointe des pieds.