Des enfants

Des enfants est un texte qui perturbe, ce genre de texte qu’on lit une fois, que l’on repose, que l’on n’oublie pas. Et puis, il y a cette envie irrésistible de le reprendre, alors, on le reprend, on le relit, on avale chaque page, chaque mot est pesé, ressenti, chaque évocation devient image, on voit, on sent, on vit. Et on a peur. Parce qu’il est hors du commun.

Des enfants a reçu le Grand Prix du Web 2014.

Laurent Audret nous livre une poésie noire effroyablement enivrante. Une expérience littéraire comme il en existe peu.
 

Un conte barbare.

Des enfants
14.00

Sortie le 3 octobre 2013
74 pages | 11,5 × 18 cm
14,00 € | ISBN 978-2-36626-010-6


A propos de l'auteur


 

Ils en parlent

Clément Ghys, Libération, 5 décembre 2013
Avec son premier roman, Laurent Audret offre une vision fragmentée de l’esprit des contes de Grimm qui, à lire, sont infiniment plus osés que leurs versions édulcorées, aujourd’hui lues aux petits. Les «victimes» et les «bourreaux» s’échangent les voix. […] Les lunettes du moralisme ne servent à rien pour lire Des enfants.


http://next.liberation.fr/livres/2013/12/04/livres-vient-de-paraitre_964178

Jacob Dellacqua, membre du jury du prix René-Fallet
Des enfants est un bijou littéraire bouleversant et venimeux, dont la narration innocente et parfaitement maîtrisée, alimente tout au long de la lecture une déferlante de nausée — que les émotions et les actions narrées nourrissent — et qui explose dans le lecteur une fois la dernière page tournée.
On reste sous le choc, et comme dit Kierkeegard : saisis de crainte et tremblement, en se disant « Je n’ai pas pu lire ça ! » ce qui est assurément le but émotionnel recherché par l’Auteur.

Yves Mabon, blog « Les 8 plumes », L’Express
Ce livre, « un conte barbare », perturbe, percute le lecteur, le laisse dans un état entre le plaisir d’avoir lu un texte fort et bouleversant et le doute d’avoir lu une horreur.

L’Hermite, blog « L’Hermite critique »
C’est un roman où l’auteur ne se paie pas de mots, où chaque phrase est à sa place, juste, et claire. Un roman environné de blanc et de silence, un petit bloc d’orfèvrerie et d’art, court, puissant, troublant.
[…] Il ne faut pas se tromper sur la façon de recevoir le texte de Laurent Audret. Amateurs de littérature trash, passez votre chemin. Il n’est question ici que d’un conte troublant, d’autant plus troublant qu’il est beau, et vice-versa. Tout en délicatesse et sans jamais rien appuyer. Les scènes décrites sont, quand on y réfléchit, assez répugnantes – mais elles sont exprimées avec une telle innocence, un tel talent dans la suggestion (sans surlignage), qu’elles en deviennent poétiques et très pures. Comme il l’est écrit explicitement dans le texte, on peut dire, pour évoquer Des Enfants, que « derrière cette violence il y a toujours une manière de douceur. » (p. 8)
[…] N’est-il pas plus troublant d’abandonner toute prétention au scandale et au choquant pour, au contraire, laisser entendre en sourdine, la possibilité d’un désir enfantin que nous préférons occulter ? C’est ce que fait Laurent Audret, en toute innocence : déplacer notre horizon d’attente, nous faire entrer, sans y toucher, dans une zone d’inconfort.

L’Hebdo (Suisse), 24 décembre 2013
L’air de rien, d’abord comme atone, sans éclat, le texte finit par se refermer sur le lecteur. Un premier roman troublant, qui joue sur les silences, sur ce qui n’est pas dit. L’horreur susurrée, presque belle. Parce qu’il n’y a pas de sujet dont la littérature ne puisse s’emparer.

Christophe Bys, Chroniques de la rentrée littéraire, 29 janvier 2014
C’est sûrement le texte le plus singulier que j’ai eu entre les mains depuis longtemps. Pas vraiment un roman, à peine un récit, un style poétique assurément. […] Rouvrant ce livre pour écrire cette chronique, je ressens physiquement cet inconfort. Violent et physique. La littérature sert aussi à ça, mais mieux vaut être en forme et prévenu avant de l’ouvrir. Nul doute que l’auteur a cherché à retrouver un pouvoir sulfureux à une littérature tellement rangée, qu’elle ne dérange plus grand monde.

 

Extraits

C’est longtemps qu’on a pris cette habitude qui est à peu près la même chose que d’acheter du poisson frais au marché. On renifle, on soupèse, on compare, on ne repart jamais déçu. À la fin, on les jette au coin d’une rue sans un regard ni rien. On crache l’arête avant de poursuivre notre chemin.

On n’est pas longs à entrer dans leur vie. C’est rien de compliqué, frapper à une porte et repartir avec un enfant sous le bras. Ça nous prend dès le réveil, ces envies pareilles à celles des bêtes. Plus tard, on les entend partager leurs impressions, par exemple que derrière cette violence il y a toujours une manière de douceur. On trouve bien qu’ils exagèrent. Quelquefois même on rougit.

Aux premiers jours de chaleur on quitte la vallée pour la montagne. La chasse aux enfants bat son plein. Les plus beaux d’entre eux s’accumulent au fond de nos filets. Tout le monde est heureux y compris les parents auxquels il est égal de savoir si leurs enfants seront jamais rendus à la vie quotidienne. Le plus difficile reste encore de faire son choix. Après, il n’y a qu’à tendre la main.

Ça prend des journées entières de marche pour quitter définitivement la vallée et atteindre les hauteurs à travers des chemins connus de nous seuls. Les enfants ne se laissent pas devancer, ils enjambent les souches, contournent les arbustes épineux, ridiculisent le moindre obstacle. On les dirait des poix sauteurs, de petites taches loin devant nos yeux. C’est flagrant: depuis le commencement ils nous imposent leur propre rythme. On ne sait pas quoi répondre à ça. On est un peu vexé, pour tout dire.

On est une file indienne qui traverse la forêt et ses chemins d’une tristesse infinie. On se nourrit de petit gibier, de fruits secs et de pains de toutes sortes qu’on engloutit tranquillement. On est heureux comme ça avec ce qu’ils nous donnent trois fois par jour, on ne manque de rien sinon d’un bon duvet la nuit pour nous tenir chaud. On nous demande de nous lever, bon, on se lève, il faut se laver, on s’exécute, après on emprunte le petit chemin qui mène au cours d’eau. On obéit sans jamais grogner. On est le contraire des enfants impossibles.