Emilio Sciarrino

 

Emilio Sciarrino est né en 1988 à Palerme. Ancien élève de l’École Normale Supérieure de Paris, il est doctorant à la Sorbonne Nouvelle où il a donné des cours de littérature italienne et de traduction.

Prix du jeune écrivain en 2006, il a publié plusieurs nouvelles, en italien et en français. Il vit actuellement à Paris. La maladie est son premier roman.

 

Entretien

Comment as-tu connu la maison ?
J’ai repéré la maison très tôt grâce à son catalogue original. Les petits livres blancs et bleus en librairie m’ont tout de suite plu.

C’est quoi l’amour pour toi ?
Je me le demande tous les jours. Je ne crois pas à l’idée d’amour conventionnel. Ça n’arrive pas comme ça. Il faut le construire, l’inventer. C’est un combat au quotidien. Surtout quand les autres veulent le juger, le nier, imposer leur conception de l’amour.    

Que penses-tu de la mort ?
J’ai justement mis en épigraphe à mon roman une phrase de Rilke qui disait : « Jadis l’on savait (ou peut-être s’en doutait-on seulement) que l’on portait la mort en soi comme le fruit son noyau. »
Je me demande si on le sait encore aujourd’hui, ou si on ne préfère l’oublier. C’était une pensée constante pendant l’écriture de La maladie.

Qu’aimes-tu faire dans la vie ?
Je lis beaucoup. J’aime beaucoup mon travail d’enseignant, aussi. Ça m’a énormément apporté. En ce moment, j’essaye de trouver du temps pour écrire.  

Si tu pouvais repartir à zéro, que ferais-tu, que changerais-tu ?
Je recommencerais à l’identique. Les erreurs en moins.   

Tu crois en l’Homme ?
Sans la majuscule, oui.

Qu’est-ce qui te fait le plus peur ?
Perdre ceux qui me sont chers.

Qu’est-ce qui te motive ?
Je m’agrippe à un vague espoir. Je ne saurais pas le définir davantage. 

Comment en es-tu arrivé à écrire La maladie ?
J’ai écrit ce texte dans un moment où c’était ma seule possibilité d’expression. C’était nécessaire. Comme je vous disais, j’ai voulu écrire contre la confiscation de la parole des homosexuels et des malades qui a eu lieu, qui a lieu encore. Il y avait quelque chose de militant dans ma démarche, même si je n’ai pas un discours explicite ou construit. Je voudrais qu’on se souvienne de ça, de ce qui s’est passé dans ces années-là.

Quelque chose que tu dirais au lecteur ?
« Apprenez à lire. Ce sont des textes sacrés ». Sans blague, donnez une chance à chaque texte que vous lisez. Ça vaut la peine.

L’écrivain a-t-il le droit d’écrire ce qu’il veut ?
Absolument, à condition qu’il assume ce qu’il écrit. C’est sa liberté. Ce qui ne veut pas dire qu’il a toujours raison, loin de là. Maintenant, je ne suis pas sûr qu’un écrivain sache vraiment ce qu’il veut écrire, mais ça, c’est une autre question.

L’écriture est-elle une thérapie ?
C’est une thérapie et c’est une autre vie.

Plutôt radical ou modéré ?
Radical sous des dehors modérés (ça surprend parfois).

Quelle citation te plaît le plus ?
« Ce qui ne me tue pas me rend plus fort » (Nietzsche).

Sentir avant d’interpréter ?
Sentir, avec tout son cœur, toute sa chair, pour interpréter.