Erwan Gabory

Erwan Gabory est né en 1975. À huit ans, son premier poème est publié aux «nouvelles de Versailles», ce qui va déterminer sa vie. Il grandit dans la banlieue ouest de Paris au milieu de gens aisés sans jouir des mêmes commodités, sa mère élevant seule ses trois enfants, son père ayant déménagé. Après des études de cinéma, il multiplie les petits boulots, vendeur de vêtements, de téléphones, animateur de centres aérés dans les banlieues moins favorisées. À 28 ans, il entre dans une agence spécialisée dans les défilés de mode à l’origine pour faire de la saisie informatique. Il y reste 5 ans dans la recherche de lieux d’exception, puis il poursuit son activité professionnelle dans la production événementielle. Parfois rédacteur, il est envoyé à l’autre bout du monde pour tester des hôtels cinq étoiles. Erwan Gabory rejoint les éditions Christophe Lucquin avec son premier roman, Le Plieur de Chaussettes.

Entretien

C’est quoi l’amour pour toi ?
Un sentiment de liberté qui nous enchaîne à l’autre. Quand je pense à l’amour, j’ai des noms qui me viennent, des souvenirs. Et la peur de ne plus aimer…

Que penses-tu de la mort ?
J’ai une conception de la réincarnation assez forte, donc je ne m’en soucie pas en ce qui me concerne (pour l’instant)… Venant d’une famille nombreuse, je l’ai croisée plusieurs fois et elle est douloureuse. Mais je me sens habité par les morts, protégé aussi. Parfois, quand une personne me manque, j’écris la suite de ce que nous aurions pu vivre ensemble.

Qu’aimes-tu faire dans la vie ?
Hormis écrire ? J’aime prendre le temps. Ce n’est pas une activité en soi, le temps. Alors, je dirais que j’adore me lancer dans des projets radicalement nouveaux. Apprendre un métier par exemple. J’en ai fait des tas. Je ne deviens jamais excellent. Je parviens tout juste à m’améliorer. Mais je me lance, avec ce puissant sentiment d’être un imposteur. Et j’apprends et j’observe, consciencieux. Si j’avais été bon, je serais devenu comédien, mais ce n’est pas le cas. Cela ne m’empêchera pas de jouer en amateur, mais…. Il n’y a que l’écriture que j’aime pratiquer sans concession. Tous ceux qui m’ont rencontré le savent.

Si tu pouvais repartir à zéro, que changerais-tu ?
Pas grand-chose. Il y a un sens à ce que j’ai vécu, de bien ou de mal.

Tu crois en l’Homme ?
De plus en plus ! L’homme dans toute son ignorance et sa brutalité, son appétit du gain. Mais en contrepartie, des consciences qui s’éveillent et s’unissent, qui émergent et s’internationalisent.

Raconte-nous un jour dans la vie d’Erwan Gabory
Les jours d’écriture ne sont pas passionnants. Je me lève doucement. J’erre. Et vers 15 h, je me lâche jusqu’à la fin de la nuit.
Les autres jours, je cherche le contact avec les gens. J’adore travailler dans l’événementiel. Hier encore par exemple, je m’occupais de la logistique d’auteurs roumains invités au Salon du Livre de Paris. D’un côté, je prenais leurs billets d’avion. De l’autre, j’envoyais un formulaire pour une dédicace que je fais au salon du premier roman…

Qu’est-ce qui te motive ?
Une vision idéale du monde où chaque chaussette prendrait son pied.

Ressens-tu l’ennui ?
Oui. Je me perds dans des jeux stupides, je regarde mon écran comme d’autres la télé, je fume. Ce n’est pas l’ennui adolescent. C’est un ennui simple. Mais je ne suis pas contre l’ennui. C’est vital. Ça repose l’esprit et j’en ai besoin puisque je dors peu. Quand je me suis assez ennuyé, j’agis.

L’écrivain a-t-il le droit d’écrire ce qu’il veut ?
Ce n’est pas un droit, c’est un devoir. L’écrivain doit se lâcher, aller au-delà de ce qu’il pense et de ce qu’il ressent naturellement. Il doit surprendre, heurter, réconcilier, apaiser. Il doit être moteur d’idées nouvelles. Et son travail doit parler pour lui. Il ne doit rien avoir à ajouter à l’oral. Mais en contrepartie, l’écrivain a surtout le droit de fermer sa gueule s’il n’a rien à dire.

L’écriture, une thérapie ?
Forcément. Pour transmettre une émotion, il faut la ressentir. Et quelles sont les émotions qui touchent ? Celles qu’on va chercher profondément en soi, dans ce qu’on est. Comme beaucoup de thérapies, l’écriture traite un mal dont on ne veut pas guérir puisqu’il justifie notre état.

La citation qui te plaît le plus ?
« La plus perdue de toutes les journées est celle où l’on n’a pas ri. » Chamfort.

Plutôt radical ou modéré ?
Je suis entier. Et mes écrits sont sans concession. Mais mes idées évoluent, donc je n’ai pas intérêt à être trop radical sur un sujet nouveau, histoire de ne pas me contredire fondamentalement. Étant un idéaliste, je dois souvent réfléchir pour savoir ce que je pense vraiment, sans parti-pris, au fond.

Te sens-tu parfois malhonnête ?
J’aime à le penser. Je réagis en caméléon. Si on est malhonnête avec moi, je n’hésite pas. Il y a des préceptes du genre « tendre l’autre joue » qui ne me parlent vraiment pas. Et je n’éprouve aucune culpabilité à jouer sur le terrain où l’on vient me chercher. Je suis honnête, comme tout le monde.

Sentir avant d’interpréter ?
Sentir avant tout. Interpréter, si l’envie.