Felipe Becerra Calderón

Felipe Becerra Calderón est né à Viña del Mar au Chili en 1985. Très vite, il s’installe à Valdivia. Il vit aujourd’hui à Paris. Avec la première version de son roman, Chiens féraux, il obtient en 2006, le premier prix du concours Roberto Bolaño dans la catégorie roman. La même année, il se voit attribuer le Premier Prix dans la catégorie Conte du même concours. Les maisons d’édition chiliennes refusent toutes son manuscrit. Chiens féraux est finalement publié en 2008 par la maison d’édition Zignos, de Lima, au Pérou. En 2009, le roman est traduit à l’anglais et, la même année, la revue The Radgeworks (Edimbourg) présente et publie quelques chapitres de sa traduction. Aujourd’hui, Felipe Becerra fait partie de La Faunita, groupement littéraire avec lequel il imprime ses propres livres de poésie et théâtre. Il écrit actuellement son second roman, Ñache.

Selon le quotidien national chilien La Tercera, Felipe est l’une des promesses de la scène littéraire du Chili.



Entretien

Depuis quand écris-tu ?
J’écris depuis mes dix-sept ans. Avant je jouais uniquement au football.

Comment es-tu arrivé à écrire Bagual*?
En fait, l’anecdote principale est venue de mes parrains, mais je ne sais pas vraiment comment j’ai commencé à l’écrire. Je suis arrivé à une voix, une voix infantile un peu comme celle d’un enfant de chœur. Et ensuite, tout s’est fait très vite, comme un choc.
(* Bagual est le titre original du premier roman de Felipe. En français il s’intitule Chiens féraux)

Que t’évoque l’idée d’être publié par une maison d’édition numérique ?
Comme Bagual a été publié au Pérou, sa distribution au Chili s’est développée de manière artisanale. Moi-même, je livrais personnellement les exemplaires à ceux qui désiraient l’acheter. Seuls quelques livres ont été vendus dans une librairie de Santiago. Que la traduction du roman soit publiée en édition numérique me donne l’impression que le roman continue sa distribution d’une manière atypique, parallèle et peu fréquente. De plus, j’ai beaucoup de plaisir à ce que ce roman continue à entretenir une relation étrange et un peu incommode avec le Chili. Tu vois, il a été publié au Pérou, quelques chapitres traduits à l’anglais ont paru dans la revue The Radgeworks en Écosse et maintenant, LC éditions publie en France la traduction au français sous forme numérique.

Comment te sentais-tu pendant que tu écrivais le roman ?
Ce que j’ai le plus apprécié en l’écrivant, c’est de me sentir entrainé par un rythme, le rythme de cette voix, qui me précédait et me guidait.

Comment t’es-tu senti une fois le roman terminé ?
Cette année-là je vivais chez mes grands-parents. Le matin où je l’ai terminé, le 12 juillet 2006, mon grand-père est mort. C’était le dernier jour pour l’inscription au concours Roberto Bolaño et j’ai dû aller le présenter avec une grande tristesse. Finalement, le roman a gagné le premier prix.

Raconte nous un peu ta vie au Chili : Tu as vécu à Santiago, aujourd’hui tu vis à Valdivia, peux-tu nous décrire un peu la région où tu vis et pourquoi y es-tu retourné ?
Je suis né à Valdivia, mais j’ai dû m’en aller à Santiago pour étudier. Valdivia est une ville du sud du Chili, très belle, traversée par un fleuve navigable. Comme toute la province, elle est conservatrice et c’est peut-être pour cela que mon adolescence ici a été difficile et débordante. De toute façon, j’adore cette ville. J’ai terminé mes études à Santiago et je suis revenu vivre avec ma mère et ma sœur, dans la banlieue de Valdivia, dans un secteur qui s’appelle Cabo Blanco, au milieu de la végétation de la campagne et, au bord du fleuve, entouré d’un silence que seul le son grinçant des mandolines interrompt.

Qu’aimes-tu faire en général ?
Voyager, manger et boire, lire, discuter avec mes amis.

Raconte-nous un jour dans ta vie ?
Je n’ai pas un schéma fixe, mais ici, à Cabo Blanco, j’ai l’habitude de jouer avec mes chiens, de lire beaucoup, d’écrire. Je joue aussi au football deux fois par semaine.

Qu’est-ce que tu aimes le plus ?
Les voyages.

Qu’est-ce qui te fait le plus peur ?
Perdre l’intérêt pour la vie. Perdre le désir d’écrire.

As-tu des secrets ? Pourrais-tu en partager un avec nous ?
Oui, je suis en train d’écrire un roman hallucinant.

Quel est le thème du deuxième roman que tu es en train d’écrire ?
C’est un roman beaucoup plus long et radical que Bagual. Il se compose d’animaux qui dansent la cumbia et se livrent à de féroces rites sexuels. Ça se passe en Nouvelle Extremadure, une ville qui a été rasée par un terrible tsunami. Un dictateur nommé Kafkita a pris possession de la ville et une petite bande d’adolescents-trafiquants, appelée Les Cignes de Ñache, essaiera de se libérer de son emprise aidée par Nanaqui, un travesti physioculturiste, et d’Orlando, une fille muette et albinos qui crie comme un oiseau. Le langage du récit est, d’une manière générale, très baroque.