Jorge Marchant Lazcano

Jorge Marchant Lazcano est né à Santiago du Chili en 1950. Il fait ses études primaires et secondaires dans le très catholique et très conservateur Institut de Sciences humaines Luis Campino, puis entame des études de journalisme à l’université. Journaliste, il fuit l’ombre du régime Pinochet et s’installe à Buenos Aires, mais l’Argentine ne tardera pas à connaître le même désenchantement. C’est là-bas que son premier roman, La Beatriz Ovalle, est publié, il y reçoit un très bon accueil, et il sortira au Chili en 1980. De retour au pays natal, il continue le journalisme en collaborant à quelques revues nationales, mais il s’y désintéresse et reprend l’écriture à laquelle il consacre la majeure partie de son temps. Il fait un détour par la télévision pour laquelle il écrit la première série après le retour de la démocratie dans le pays. Suivront plusieurs romans dont l’un est traduit et publié en France en 2009, Un sang pareil au mien, salué notamment par Hugo Pradelle de la Quinzaine littéraire. Jorge Marchant Lazcano vit à Santiago.

Entretien

Comment as-tu connu la maison ?
Par Christian Roinat, mon traducteur.

C’est quoi l’amour pour toi ?
L'amour c'est quelque chose d'impalpable qui se confond avec les relations de couple. Mais je crois que c'est quelque chose de plus grand. Bien que j'aie perdu la foi, je crois qu'il est en relation avec l'univers.

Que penses-tu de la mort ?
Je pense sans arrêt à la mort depuis quelques années. Peut-être parce qu'elle se rapproche. Je crois qu'elle ne m'angoisse pas. Un chose est sûre, je veux être prêt pour le départ, avoir tout réglé et après, le néant.

Qu’est-ce que tu aimes le plus faire dans la vie ?
Ne pas sortir de chez moi. Je suis de plus en plus casanier.

Si tu pouvais tout recommencer, que changerais-tu ?
Je vivrais « plus à l'extérieur », j'essaierais de dialoguer, de me rapprocher des gens qui m'aiment.

Crois-tu en l'homme ?
De moins en moins. Nous sommes dans un monde qui va droit au chaos. Le pire du XX e siècle n'est pas si loin et cela m'afflige et m'effraie. Moi, je n'aurais jamais fait d'enfants dans de telles circonstances.

Qu'est-ce qui t'effraie le plus ?
Que tout ce qui se passe dans le monde s'intensifie.

Que penses-tu de la France ?
La France a été, culturellement, le pays dont je me suis senti le plus proche, après mon pays et les États-Unis. Au Chili, nous avons grandi dans l'ombre de la France.

Que penses-tu du Chili ?
Mon pays traverse une période très difficile. La post-dictature, ces derniers gouvernements semi-démocratiques, ont fait sortir tous nos mauvais côtés. Moi je viens d'un Chili pauvre, d'avant la dictature, fragile, innocent, du tiers-monde, mais infiniment plus humain de celui d'aujourd'hui.

L'écrivain peut-il écrire tout ce qu'il veut ?
Absolument. Cependant, parfois, pour la sécurité de ceux qui nous entourent, il doit faire attention.

L'écriture, une thérapie ?
Non, du tout. C'est un don. Un métier. Une nécessité. Dans mon cas, la meilleure chose, presque l'unique, que je sais faire.

Que dirais-tu au lecteur ?
Qu'il lise mes textes traduits. Rien de plus. C'est le but de l'écrivain, que le lecteur le lise.

Sentir avant d'interpréter ?
Sentir.

Comment est né La nuit qui n'a jamais porté le jour ?
Je l'ai écrit en 1982, après la lecture d'une petite et étrange nouvelle que je l'ai lue dans le journal El Mercurio, que l'on retrouve à la fin du livre. Elle m'a tellement choqué que j'ai fabulé cette relation entre ce juif français et ce misérable chilien. C'étaient alors des années très sombres au Chili. Et d'une certaine manière, cela transpire dans le texte. Les disparus, les exécutés étaient en relation avec le destin de Cahen.

Radical ou modéré ?
Je deviens de plus en plus radical.

Trois livres ?
Un de Paul Auster, Pastorale américaine de Philippe Roth, Madame Bovary de Flaubert.