Les genoux écorchés

C’est l’histoire d’un petit garçon de onze ans qui a atteint un âge que son père n’a jamais eu.

Trente huit années se sont écoulées, mais le souvenir est là, perpétuel, comme le nom de son père gravé dans le marbre. Ça se passe en Bretagne. Il y a la mer, les parties de pêche, et les sorties à la plage. Il y a tous ces souvenirs embarqués dans la Simca Aronde.
Le récit renferme la rugosité de la région, mais aussi ses miracles, quand le soleil vient à pointer au-delà de la grisaille qui s’élance sans cesse à l’assaut de ses côtes.
C’est l’histoire d’un enfant accroché à ses bribes de souvenirs, dont le père est parti trop tôt. Un enfant dans le corps d’un homme devenu à son tour papa.

Un premier roman simple, brut et tendre. Poignant.


Sortie le 29 janvier 2015 | 13 × 19 cm | 116 pages
14,00 € | ISBN : 978-2-36626-028-1


A propos de l'auteur


 

Ils en parlent

  • Aurélie Janssens,  librairie Page et Plume (Limoges).
    "Des souvenirs personnels, qui confinent à l’universel, d’un père, héros du quotidien. Une magnifique et émouvante déclaration. Un véritable coup de cœur.
  • Caroline Le Gal, librairie Monet (Montréal, Québec)
    "Tres beau roman... Une de mes plus belles lectures des dernieres semaines..."

Journal Ouest-France, rubrique livre dimanche

 

Extraits

« L’enfant vit dans un monde, et l’adulte dans un autre. Ils se côtoient. L’enfant déambule sur une ligne parallèle, un long fil tissé d’insouciance, d’innocence. Il l’arpente comme un petit funambule dont les bras écartés effleurent ses rêves. Mais comme l’adulte, il peut basculer, tomber, se retrouver à genoux dans la poussière. Et lorsqu’il relève la tête, regarde autour, il ne comprend plus ce qu’il voit. »

 

« Mon père est parti. Une nuit qui aurait dû être, pour moi, l’enfant de onze ans que j’étais, une nuit comme les autres. Il s’en est allé après avoir lutté pour rester. Une lutte qui aura duré quinze jours d’éternité. Une éternité si courte qu’elle m’a mis knock-out. Son corps fatigué, déjà usé par la maladie, l’a trahi, n’a pas su empêcher l’inéluctable, car c’est bien ce mot qu’il faut employer ici. Il est parti, ne pouvant prononcer que deux mots, deux prénoms, celui de ma mère et le mien. »

 

« Si je vous dis ça aujourd’hui, c’est peut-être parce qu’il est temps de ranger délicatement cette histoire au fond d’une poche. Je ne dis pas l’oublier ou l’effacer, mais la ranger. Et si certains souvenirs doivent encore se présenter, je leur demanderai de me parler simplement de cette vieille Simca Aronde, cette hirondelle, bien rangée dans la cour d’ardoise, sous la fenêtre de la chambre que j’occupais. Elle avait le pouvoir de nous emmener, ma famille et moi, sur les routes ensoleillées de cette enfance merveilleuse que mon père a su me donner. »

 

« Je m’installais chaque soir au retour de l’école à l’extrémité de la table, dos à la fenêtre qui donnait sur la rue. Lorsque mon père était là, il m’aidait à remplir mes cahiers. J’adorais le voir écrire. C’était une belle écriture, ronde, fine, maîtrisée, presque de la calligraphie. J’avais beau essayer de m’appliquer, je ne pouvais pas l’égaler. Toujours pas d’ailleurs, et lorsque je relis un vieil écrit de lui, je ne peux m’empêcher de replonger dans ces moments. Sur cette table, je prenais mon goûter, puis commençais à faire mes devoirs. Ma mère partageait mon espace de travail, et je l’observais éplucher carottes, pommes de terre, ou bien écosser les petits pois. Il y avait quelque chose de rassurant à la voir écosser des petits pois. La gangue s’ouvrait en un petit claquement sec, les billes vertes, ainsi libérées, roulaient à la queue leu leu vers l’intérieur d’un saladier de verre. Chaque fois, je me disais qu’elles allaient rester sur le haut du tas naissant, mais non, elles déjouaient tous mes pronostics et partaient se cacher dans le fond du saladier. On aurait dit toute une ribambelle de larmes rondes et vertes qui roulaient les unes sur les autres, s’agglutinaient au rythme de la trotteuse qui tricotait au-dessus de nos têtes. Si le temps aime se déguiser, là, sous mes yeux, il prenait l’apparence de petits pois. »

 

« La Simca Aronde est plongée dans une douce torpeur, elle aussi, comme mon père et mes oncles. Elle est garée sur le bord du trottoir et attend notre retour à l’ombre de la grande façade de ciment. En m’élançant à la suite de mes cousins et cousines, je la regarde. Elle est belle comme une baleine avec ses dents argentées sur le devant et ses gros yeux jaunes. »