Les nymphes sourient aussi parfois

Ce roman prend la forme d’un conte écrit à la première personne.

 

C’est Ada, la petite nymphe qui raconte sa découverte du plaisir. Elle fait connaissance avec son corps et les jouissances infinies qu’il peut lui procurer, mais elle découvre aussi qu’il peut être une source de plaisir pour les autres qui la lorgnent et l’envisagent. Ada évolue dans un monde fantastique. Elle grandit heureuse dans un monde mythologique où elle cohabite avec des faunes qui portent des casques scintillants, elle mûrit et nous raconte ses amants particuliers, parmi eux, le gynécologue aux longues mains qui l’aidera à accoucher d’une manière naturelle. Il y a également son expérience avec un prince au sperme bleu, sans oublier son providentiel cousin, les nombreux amis de ses sœurs aînées et aussi son oncle.

Ce roman-conte célèbre la vie, les effluves corporels, les regards, le concept de paradis et les enseignements tels « Le propre de l’amour c’est de savoir sans avoir appris » ou bien « Les yeux aussi peuvent toucher. »
Le sexe est la seule source d’éternelle jeunesse. La passion est l’unique remède contre l’abime. Une rencontre sensuelle est le chemin de la gloire et le premier pas pour obtenir les clefs du royaume, les clefs de la vie. Voilà ce que défend Ana Clavel dans Les nymphes sourient aussi parfois.

Nous avons là toute la particularité de l’oeuvre de celle que l’on peut qualifier d’écrivain du corps entre désir et conscience.

Avec ce roman, Ana Clavel a reçu le prix Elena Poniatowska en 2013.

Cet ouvrage a été publié avec l'aide du programme de soutien à la traduction (PROTRAD) dépendant des institutions culturelles mexicaines (FONCA - Fondo Nacional para la Cultura y las Artes).

Les nymphes sourient aussi parfois est dans la première sélection du prix Laure-Bataillon 2015.


Traduit de l’espagnol (Mexique) par Lydia Amokrane
Révision : Guillermo Alfonso de la Torre Machorro et Christophe Lucquin
Sortie le 29 janvier 2015 | 13 × 19 cm | 156 pages
16,00 € | 978-2-36626-029-8


A propos de l'auteur


 

Ils en parlent


Émission littéraire Paludes diffusée sur Radio Campus Lille
« Un très beau texte magistralement écrit et traduit par Lydia Amokrane pour les éditions Christophe Lucquin. Elle s'intéressait à la figure de poupée et du désir dans "Les violettes sont les fleurs du désir" chez Métailié. On voit qu'Ana Clavel continue d'arpenter ce même territoire avec d'autres figures, ici plus liquides, beaucoup plus naturelles également, dans le sens où elles sont liées à la nature et non pas à la figure de la poupée créée par l'homme pour satisfaire ses désirs érotiques et, en tout cas, il y a toujours cette pulsation incroyablement émouvante et brutale en même temps, cette dimension du corps qu'elle n'oublie jamais dans son écriture. » [écouter l'intégralité de la chronique]

La Marelle
« Les nymphes sourient aussi parfois d'Ana Clavel. Venu du Mexique, un conte moderne: sensualité, désir, écriture. »

Journal La Razón
« Un livre perturbant. Ada, petite fille adolescente est une douce exaltation de la féminité. Elle sourit, elle est heureuse; le corps est son bastion. Son but atteindre le plaisir : parvenir au paradis. »

El Universal
« Ana Clavel développe dans ce roman l’instinct érotique d’Ada, une princesse d’un monde voisin qui ne se contente pas d’apprendre de chaque expérience pour vivre dans le monde, elle est aussi heureuse avec ce qu’elle a et qui n’appartient à personne d’autre : son corps. »

Le Blog de Yv
« C'est très beau, on lit de belles pages, les fleurs sont très présentes : les violettes, les orchidées et bien d'autres, le sexe itou. Les odeurs des unes et de l'autre sont également décrites, elles peuvent se rapprocher. Je me suis demandé si j'étais dans un roman ou dans un long poème. Une sorte de fable poétique et érotique. L'écriture est belle, sensuelle, féminine, qui s'attarde sur les sensations d'Ada, ses sentiments, son désir, son souhait de vivre des expériences pour enrichir son corps et son esprit. » [lire la suite]

Zone littéraire, Vanessa Curton
« Poussée par la curiosité de découvrir un peu plus le catalogue de Christophe Lucquin éditeur, je me suis laissée happer par ce roman de l’auteure mexicaine Ana Clavel. En effet, les premières phrases des Nymphes sourient aussi parfois sont tentantes et intrigantes d’impudeur... » [lire la suite]

 

Extraits

« À cette époque, je passais mon temps à me toucher. Je coulais. Je débordais. Je folâtrais avec mes eaux. Naturellement, j’étais une source. Mais n’allez pas croire que je dis cela au sens figuré. J’étais transparente. Immédiate. Entière. Absolue. J’étais aussi une déesse. Toute-puissante. Je disais « vent » et les zéphyrs berçaient l’air. Je disais « beauté » et les eaux me renvoyaient mon image. Bien sûr, il m’a fallu apprendre chaque chose en son temps. Mes sœurs ainées me grondaient : « Tu te regardes trop, tu vas finir par découvrir la mort ». Je faisais la sourde oreille et je retournais me toucher. Je m’enveloppais dans mes pétales, me sentir me donnait du plaisir. J’aspirais mes effluves. Je respirais. Je pulsais. Je bouillais. Et je coulais de nouveau, j’étais mon paradis. »
« Un jour que j’empruntais le chemin qui menait à la voie ferrée, je remarquai qu’un inconnu me suivait. En réalité, je l’avais aperçu en sortant de cette confiserie juste à côté de chez moi, où j’étais allée chercher la ration quotidienne de bonbons que Don Eliseo m’offrait, ceux en forme de coeur, mes favoris. C’étaient des coeurs incarnats très épais qui, en une légère succion, pouvaient fondre sur la langue. Don Eliseo adorait voir comment les bonbons fondaient dans ma bouche, parce que, disait-il, mes lèvres colorées devenaient alors plus coquettes que celles d’une poupée. Je me souviens que, ce jour-là, je portais une robe en gaze avec des rubans entrelacés comme un corset et un petit bouquet de violettes fantaisie à la naissance des seins. « On dirait que tu vas à un rendez-vous, alors que tu n’en as pas encore l’âge ! », me réprimanda une de mes sœurs aînées. Je ne l’écoutai guère, ravie par la légèreté de la gaze qui m’enveloppait comme un cocon. Mais quand je m’aperçus que l’homme m’avait vue sortir de la confiserie, je compris que Teresa avait raison : le Destin s’apprêtait à jouer un de ses coups du sort. C’est sûr que, de mon côté, j’aidais pas mal le Destin : je m’arrêtais de temps en temps pour vérifier que l’homme me suivait. Je lui montrais le chemin. C’est que je ne pouvais pas m’en empêcher, l’homme me faisait penser à mon père. Il avait le même air qu’ont ces titans qui savent ce qu’ils veulent et le font savoir d’un simple tressaillement du regard. Et c’est ainsi que je l’entraînai sur le sentier des fleurs. Je me souviens que je me penchais pour cueillir une dent-de-lion quand je sentis que l’homme était dans mon dos et que j’étais à sa portée. Je me retournai pour lui offrir les fleurs que je venais de couper et il s’empressa de tout attraper, ma main y compris. C’était un vrai titan mais il tomba à genoux devant moi, je pus alors le regarder dans les yeux. Ce regard, je le vis plus tard chez d’autres : une ferveur souffreteuse, impérieuse. Evidemment, j’étais une déesse, moi, une dispensatrice de grâces. Il mit les fleurs de côté et souleva la fine gaze de ma robe, juste assez pour atteindre ma culotte. Il s’inclina dévotement et la fit descendre sur mes chevilles. Alors, il me toucha. Je connus un nouveau paradis : celui qui naît lorsqu’on devient jouet du désir de l’autre – et qu’on en jouit. Le souvenir de sa respiration saccadée sur mon ventre, ses doigts ténus m’ouvrant comme une fleur ou ses lèvres me buvant sans discontinuer, me laisse haletante. »