Phénix

Il chante avec une voix d’ange, jongle en s’imaginant voler, grimpe au sommet des arbres pour se rapprocher du ciel.

L’histoire d’un garçon de douze ans qui voudrait s’arracher à la gravitation universelle.

 

C’est l’histoire d’un garçon, c’est le début de son adolescence et la découverte du sentiment amoureux, du désir de l’autre, de la méchanceté. Il a une particularité qui le rend sûrement plus sensible. Il goûte le monde, le ressent. Il vit avec sa mère et son frère Roland. Moqué par ce dernier - qu’il aime malgré tout - et par ses camarades de classe, il aime à trouver refuge dans son arbre mort.
Il apprend le corps de l’autre avec Irène, la gamine de son âge qui pisse accroupie sur les pommes. Puis il y a aussi la belle Amélie... Il se prépare pour un grand événement : sa communion solennelle, au printemps. Il ne cesse d’y penser dans son arbre mort, où il dépose son offrande : trois morceaux de sucre, une barre de chocolat, quelques biscuits, une poignée de raisins secs, une carotte, une pomme, des mûres, un petit caillou ramassé sur le bord du chemin, taillé comme un diamant, et blanc — blanc comme il est pur.
Il rêve d’être un oiseau, en fait il est un ange. « Au printemps je ferai ma communion solennelle et je dois m’élever, me purifier encore, non seulement me préparer, mais être prêt. » La langue est précise, exceptionnelle. Un très beau roman sur la différence.

Phénix
20.00

ISBN : 978-2-36626-040-3
130 × 190 mm | 242 pages
Date de sortie : 7 mai 2015 | Prix : 20,00 €


A propos de l'auteur


 

Ils en parlent


Librairie La Carline, Benjamin
« En lisant Phénix, c'est d'abord l'écriture qui touche. Maîtrisée, précise, vaste, qu'on sent capable de porter loin, et de toucher au plus près des choses. En lisant Phénix, dès les premiers mots nous saute au cerveau la certitude d'avoir découvert une écriture originale, et un écrivain.Ensuite l'histoire nous prend, celle d'un garçon de douze ans qui rêve de s'envoler, de devenir plus léger, de disparaître, mais que tout alourdit et ramène au sol, à la poussière, à la chair. Son père absent, sa mère comme lointaine, son frère comme une croix, sa voix angélique, tout confère à l'enfant une essence quasi divine. Et le diable est partout à vouloir le salir. Nous suivons un bout de cette enfance meurtrie, en empathie totale avec ce garçon, coincé dans sa peau qui le gratte, par courts chapitres comme les bris d'un miroir.Une autre grande réussite de ce texte réside dans l'indicible faculté de Raymond Penblanc à être tout près du quotidien, dans le réalisme des choses, et en même temps de créer un lieu et un temps clos pour son récit, hors du temps et de l'ordre du conte. Un réalisme magique qui le rapproche d'auteurs splendides et trop méconnus comme Maurice Pons et André Dhotel. Bref, un grand roman singulier, un voyage fiévreux dans le mystère d'une enfance. Un grand roman singulier, à la lecture duquel on se demande premièrement : pourquoi nous n'avions jamais entendu parler de Raymond Penblanc, et deuxièmement : quand sort son prochain roman. »

Matériau composite, Guénaël Boutouillet
« C’est, en somme, un roman de formation – spirituelle, charnelle, familiale – mais où rien ne se déroule comme attendu, où la surprise nous attend à chaque phrase. Les dites phrases sont brèves, d’une poésie oblique, et s’accumulent pour faire dévier sans cesse le récit de son axe, déréguler toujours un peu plus notre appréhension de la réalité environnant Perceval. Il y a aussi des pommes et leur apport charnel, un arbre mort, des balles de jonglage : il y a des multitudes d’apport magiques du réel dès lors qu’on en considère les puissances.note de lecture de Phénix. » [lire la suite]

Parutions.com, Arnaud Genon
« Phénix est en même temps un roman initiatique, picaresque, onirique et lyrique. C’est un roman ascensionnel, celui d’une transformation, d’une quête, d’une fuite. C’est l’histoire d’un jeune garçon qui voulait s’évader, s’échapper, se faire autre. Renaître de ses cendres… Phénix est assurément un beau roman. » [lire l'intégralité de la recension]

Librairie Charybde, Hugues Robert
« En 210 pages d’une belle et rare intensité joueuse, Raymond Penblanc nous offre une fièvre poétique aux ramifications beaucoup plus puissantes que ce que le cadre du récit pourrait laisser initialement supposer, retournant comme un gant l’espace balisé des perversités adolescentes pour y ouvrir un bizarre havre de curiosité rêveuse et décidée. » [recension complète]

Les Corps Célestes, Valérie
« Il n’y a pas de style pour évoquer l’enfance ou l’adolescence, seulement un réseau d’images et de vibrations. Raymond Penblanc donne la parole à un adolescent et pour que ce langage ne soit ni indigent ni artificiel, il lui confère une dimension poétique et mythique. » [recension complète]

Émission littéraire Paludes, Nikola
« Je vous invite vraiment à venir vous plonger dans Phénix, quatrième roman de Raymond Penblanc, et à arpenter avec lui ce très bel univers qui mêle majestueusement une forme de réalisme très, très concret, réalisme du corps, mais aussi réalisme d’une existence d’adolescent confrontée à toutes les turpitudes qui constituent ce moment de l’existence, qui en même temps ne cesse d’irriguer, par une prose d’une très grande poésie, ce réalisme pour nous arracher également à ce pur quotidien. » [écouter la chronique complète]


 

 

 

 

Extrait

 

« Quand je regagne notre chambre au fond du grenier je me découvre des plaques rouges en haut des joues, et dans les yeux un horizon chaviré. Que Roland me rejoigne juste après et je prends peur, je crois qu’il va me les couper cette fois, qu’il va m’obliger à ramper par terre, lécher la poussière du plancher et la merde de chien sous ses souliers. Alors qu’il a l’oeil sombre et ne desserre pas les dents. Du coup, j’en arrive à penser qu’il s’est entendu dire qu’il ressemblait de plus en plus au père et finirait comme lui. Ils ont la même figure au carré, le front bas et l’iris noir, quand j’ai hérité des traits de maman et de ses yeux clairs. La filiation est ainsi faite, il a pris ce qu’on lui laissait, l’aîné n’en fait pas toujours qu’à sa tête, et le paternel était pressé, il allait partir au trou pour n’en sortir que deux ans après. J’ai été le bébé du retour de taule, le printemps de la liberté, maman me l’a assez répété. Nous ne possédons pas le même ascendant, l’un tombe du ciel quand l’autre serait fils du diable, il a une grosse queue fourchue et du poil noir sur la poitrine, il se roule dans la fange avec des truies et des ogresses. Je consens à le voir fumer une dernière cigarette, je vérifie en douce qu’il ne se la roule pas lui-même. Quelque chose me dit pourtant qu’il lutte contre une force supérieure, que c’est mon frère avant tout, et que je dois l’aider. Seulement, quand je l’appelle il ne répond pas. Il a éteint sa clope depuis un moment et sa respiration est régulière. « Tu dors ? » Enhardi par son silence je me retourne, et dans le noir je le frôle avec mon doigt. Je le désenvoûte, je lui dessine un deuxième corps, un nouveau visage, pareil au mien. En cet instant je suis l’aîné, je suis le père, je suis le père et la mère confondus. Minute sacrée où tout redevient possible. Qu’il ne se réveille pas surtout, qu’il s’abandonne entre mes doigts. Qu’il perde la mémoire et rembarre ses mauvais anges. Je souffle sur son front, je souffle sur ses yeux, il ne dort pas, ses yeux sont grands ouverts. Alors je lèche entre les cils tout le mouillé des larmes que je n’avais pas vues. Lui se laisse aller, on dirait un bébé, puis il soupire, et je sens son corps qui se relâche. Le mien aussi. Une heure plus tard je me réveille trempé. »