Philippe Vourch

Philippe Vourch est né en 1965 dans les Côtes-d’Armor. Après une formation de mécanicien-ajusteur à l’arsenal de Brest, il quittera la ville du Ponant six ans plus tard, pour intégrer une école de commerce à Colmar. Il s’y formera aussi en photo. Ses chemins le porteront vers différents horizons professionnels, en France. Puis, il reviendra vers cette ville, Brest, dont il aime à dire qu’elle a les pieds dans l’eau et la tête dans les nuages, comme lui. En marge de sa vie professionnelle, l’écriture prendra alors une place importante. Ses textes, nouvelles, poèmes, et photos sont régulièrement publiés dans des revues d’Art (Denise Labouche Edition, Glaz !, Méninge, Ce qui reste).

Les Genoux écorchés, où les cris d’enfants se mêlent aux mots et aux silences des adultes, est son premier roman.

Entretien

Comment as-tu connu la maison ?
En surfant sur facebook. Son édito m’a plu et rassuré immédiatement. J’avais l’impression d’avoir un homme et non une structure opaque face à moi.

C’est quoi l’amour pour toi ?
Le baiser de l’hôtel de ville de Doisneau. L’amour est ce qui nous maintient hors du temps.

Que penses-tu de la mort ?
« L’ennui avec ces choses-là, c’est qu’on en a si peu la pratique », Edmund Knox. Une invitation, la dernière. J’aimerais perdre le carton mais quelle saveur aurait la vie ?

Qu’est-ce que tu aimes faire dans la vie ?
Être auprès des miens. J’aime aussi m’isoler. J’aime la solitude sans être un solitaire. J’en profite pour lire. L’un de mes moments favoris est d’être sur une chaise longue dans mon jardin sous l’un des arbres qui s’y trouvent. J’observe et écoute cette nature miniature, la plupart du temps je m’assoupis au son des abeilles et des passereaux, l’un de mes chats à mes pieds. Sinon l’écriture, bien sûr. Elle est une respiration, le seul problème est de trouver le temps, la vie de famille, la vie tout court dicte ses impératifs.

C’est quoi un jour dans ta vie ?
Un baiser de ma femme, un café très noir en dévorant un livre que l’on ne veut plus refermer, un « putain de bordel de merde ! » lâché dans les embouteillages, une balade en bord de mer, courir sur la plage avec mes filles, une bataille rangée avec les épingles à linge sur le séchoir, un texte fraîchement écrit qui me parait inspiré mais…, un repas avec un bon vin et des fous rires en présence d’amis, deux heures dans une salle sombre devant un blockbuster en dolbysurround ou un film intimiste sur Arte au fond de mon canapé à grignoter des raisins secs, se demander si c’est le caleçon brique à bande noire ou celui noir à bande brique qui sera porté ce matin, cueillir un fragment de ce jour pour tenter de ne pas l’oublier. Touillez tout ça et vous y serez.

Si tu pouvais recommencer tout depuis le début, que ferais-tu ?
Si j’avais ce pouvoir, je ralentirais le temps pour profiter davantage de cette vie et de ceux qui me sont chers. Hier, j’étais en culotte courte, morve au nez, cheveux au vent. Aujourd’hui, j’ai parfois l’impression d’être un ours en pantoufle.

Crois-tu en l’homme ?
J’ai des enfants, oui bien sûr.

Qu’est-ce qui te fait le plus peur ?
Hormis la perte des miens, peut-être l’ignorance, l’oubli. Ils sont les vecteurs de tant d’erreurs.

Qu’est-ce qui te motive ?
Ma femme, mes enfants, l’amour, savoir qu’avec un crayon et une feuille vierge tout est théoriquement possible.

Comment en es-tu arrivé à écrire
Les genoux écorchés ?
L’écriture est venue d’un coup, comme un fleuve. J’ai eu l’impression de déposer des bagages un peu trop lourds sur le quai d’une gare, pour pouvoir continuer.

L’écrivain peut-il écrire tout ce qu’il veut ?
Le droit ne touche pas à l’intime. L’écrivain essaie de transcrire ce qui est déjà en lui, me semble-t-il.

L’écriture, une thérapie ?
Si c’est le cas, la plus douce, la plus élégante qui soit.

Quelle citation te plaît le plus ?
J’aime beaucoup celle de Natsume Soseki, « Sans savoir pourquoi, j’aime ce monde où nous venons pour mourir »

Sentir avant d’interpréter ?
Sentir et s’imprégner, chercher au fond de soi, pour essayer, toujours.