Salon de beauté

Un travesti transforme son salon de beauté en mouroir pour personnes atteintes d’un mal incurable. Un très beau texte où la naïveté flirte avec l’horreur qui n’est jamais dévoilée.

Une réflexion sur le corps et son dépérissement.

Publié en français chez Stock en 2000
Finaliste du Prix Médicis étranger
Texte révisé par l’auteur, c'est une nouvelle traduction que propose CLé en mai 2014

Version numérique


Nouvelle traduction de l’espagnol (Mexique) par Christophe Lucquin
Sortie le 2 mai 2014 | 13 × 19 cm | 82 pages
ISBN 978-2-36626-070-0 | 12,00 €


A propos de l'auteur


 

Ils en parlent

 

Librairie Charybde (Paris), Hugues Robert
En une prose simplifiée à l’extrême, se donnant un mal énorme pour sembler ne toucher à rien, Mario Bellatin tisse la chronique diaphane et sensible, légèrement désincarnée tout en ne refusant pourtant aucun détail sordide s’il est effectivement partie du décor, d’une déliquescence, d’un glissement progressif du déplaisir, de l’acceptation d’un sort injuste et inévitable, dont les innombrables variations sur la vie des poissons qui tapissent ces souvenirs seraient la véritable clé. [article complet]

Médiathèque de Tourcoing, Nathalie
Voici une nouvelle édition de ce titre finaliste du prix Médicis étranger en 2000. Christophe Lucquin, éditeur, propose une nouvelle traduction et aussi une nouvelle maquette sobre et belle, au design bleu sur blanc qui ajoute au plaisir de la lecture.
Dans un pays d’Amérique du Sud non identifié, un homme, ancien travesti, a transformé son salon de beauté, réservé aux femmes, en mouroir réservé aux hommes victimes d’une épidémie ravageuse mais pas nommée non plus. Bien sur on peut supposer qu’il s’agit du sida. Livre étonnant dans lequel se mêle la vie du narrateur, la fin de vie des malades et la disparition des poissons qui peuplaient les aquariums du salon de beauté.

Éric Bonnargent, Le matricule des anges
« Avec sa langue minimaliste, froide et saccadée, l’écrivain manchot de la main droite, génère un sentiment de malaise qu’après avoir refermé le livre, le lecteur aura bien du mal à dissiper…. »

Valérie Ohanian (Librairie Masséna à Nice), Page des libraires, été 2014
« Un conte à la fois baroque et glauque. Raconté sur un mode faussement naïf, il dépeint l’horreur de la solitude, de la vieillesse et de la folie. »

Aurélie Jenssens, librairie Page et Plume à Limoges
« Si la beauté des corps n’est pas celle des âmes, il faut néanmoins s’occuper des deux avec soin surtout lorsqu’ils sont sur le déclin. Un texte fort et émouvant, une langue exceptionnelle. »

Tara Lennart, Bookalicous, 2 mai 2014
« Au risque d’en prendre encore pour mon grade en matière de goûts bizarres, je vais défendre un livre publié chez Christophe Lucquin, un jeune éditeur indépendant au travail d’orfèvre. Salon de beauté, de Mario Bellatin, écrivain mexicain, nous parle d’un drôle de lieu. Un salon de coiffure reconverti en mouroir par un travesti anciennement prostitué. Il n’y a que des hommes qui viennent mourir là d’un mal incurable jamais explicitement nommé… […] C’est assez étrange, une lecture comme ça. Elle nous met terriblement mal à l’aise, à la fois parce qu’on se sent voyeur, et à la fois parce qu’on se demande comment on se comporterait, nous à sa place. Est-ce qu’on aurait une idée aussi saugrenue, déjà ? Transformer un salon de beauté en mouroir, il faut y penser. Arrêter la prostitution, aussi. Avoir des gens en train de mourir dans une espèce de hangar où les seuls êtres en bonne santé sont des poissons… Et encore, on se demande s’ils ont toute leur tête, les poissons qui obsèdent notre narrateur. »

Yves Mabon, « Les 8 Plumes », L’Express, 14 mai 2014
« Un roman d’une beauté rare. »

Sabine Barbier, La Chaumière des mots, 6 mai 2014
« Un choc ! Véritablement, le mot n’est pas trop fort. Cette lecture m’a profondément bouleversée, atteinte au plus loin tant dans mon corps que dans mon esprit. »

Éric Loret, Libération : Comme un poison dans l’eau, 31 août 2000
À l’occasion de la première parution en France chez Stock
« Salon de beauté est un récit baroque : il nous convie à contempler notre «anatomie», comme on disait au XVIe siècle, notre tête de mort sous le maquillage dégoulinant du salon de beauté devenu mouroir. Aucun secours à attendre ici, sinon celui promis par Hölderlin dans le quatrain final de la Vocation du poète: Mais l’homme affronte seul et sans peur son dieu / Quand il le faut, sa simplicité le garde / Sans besoin d’armes ni de ruses, le temps / Que ce manque de dieu se change en aide

Larry Rohter, The New York Times : A Mischievous Novelist With an Eye and an Ear for the Unusual, 9 août 2009
À l’occasion de la première parution aux États-Unis chez City Lights
« “With Bellatin you are never on solid ground” is the way the critic Diana Palaversich puts it, and Mr. Bellatin agrees. “To me literature is a game, a search for ways to break through borders. But in my work the rules of the game are always obvious, the guts are exposed, and you can see what is being cooked up.” […] Like much of Mr. Bellatin’s work, Beauty Salon is pithy, allegorical and profoundly disturbing, with a plot that evokes The Plague by Camus or Blindness by José Saramago. In an unnamed city that is suffering from an unnamed epidemic a transvestite hairdresser has turned his shop into a hospice for men dying of the disease, caring for them as indifferently as he tends to the fish he houses in aquariums that are his sole diversion.»

Alain Nicolas
à la 43ème minutes.

 

Extraits

 

« Il y a quelques années, mon intérêt pour les aquariums me conduisit à décorer mon salon de beauté avec des poissons de différentes couleurs. Maintenant que le salon est converti en un ­mouroir où vont terminer leurs jours ceux qui n’ont aucun autre endroit pour le faire, il m’est très difficile de constater que les poissons ont peu à peu disparu. Peut-être que l’eau est trop chargée en chlore, ou bien que je n’ai pas suffisamment de temps pour leur donner les soins qu’ils méritent. J’ai commencé par élever des guppies royaux. À la boutique, ils m’ont assuré que c’étaient les poissons les plus résistants, et donc, les plus faciles à élever. Autrement dit, les poissons idéaux pour un débutant. Ils ont, de plus, la particularité de se reproduire très rapidement. Les guppies royaux sont vivipares, leurs alevins peuvent survivre sans que l’eau ait besoin d’une pompe à oxygène ou d’être changée. La première fois que j’ai mis en pratique ma passion, je n’ai pas eu beaucoup de chance. J’ai acheté un aquarium de taille moyenne et j’y ai mis une femelle enceinte, une autre encore vierge et un mâle à la longue queue colorée. Le lendemain matin, le mâle était mort. Il était couché sur le dos entre les pierres multicolores que j’avais disposées au fond de l’aquarium. J’ai tout de suite pris le gant en caoutchouc avec lequel je faisais les teintures des clientes et j’ai enlevé le poisson mort. Les jours suivants, il ne s’est rien passé d’extraordinaire. »

 

« Il est curieux de constater que les poissons peuvent influer sur l’humeur des personnes. Par exemple, quand je me suis pris de passion pour les carpes dorées, en plus du calme que m’apportait leur contemplation, j’étais en perpétuelle quête de quelque chose de doré pour orner les robes que je portais pour sortir la nuit. Ça pouvait être un ruban, des gants ou des hauts en maille. Je pensais que quelque chose de cette couleur pouvait me porter chance. Peut-être m’éviter de tomber sur la bande de petites frappes qui rôdaient dans le centre-ville. Beaucoup ne sortaient pas vivants des attaques de ces malfrats, et je crois que si quelqu’un s’en tirait, c’était encore pire. Dans les hôpitaux où on les acceptait, ils étaient toujours traités avec mépris. Bien souvent, on ne voulait pas les recevoir, de peur qu’ils ne fussent contaminés. À compter de ce moment-là, la compassion qui me poussait à recueillir ces compagnons blessés qui n’avaient aucun lieu où aller vit le jour. C’est peut-être ainsi qu’est né ce triste mouroir que j’ai le malheur de tenir. »